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Bodhgaya : attention aux orphelinats douteux et aux demandes de dons

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Bodhgaya attire évidemment pour le temple de la Mahabodhi, qu’on venait de visiter en premier, vu son importance dans l’histoire du bouddhisme. Mais les voyages étant aussi faits de rencontres et d’imprévus, on allait ce jour-là être bien servi !

En nous éloignant un peu du secteur touristique, nous avons été abordés par deux jeunes qui nous ont proposé de les suivre jusqu’à un orphelinat situé dans les ruelles voisines.

Sur le moment, rien ne permettait vraiment de savoir où cela allait nous mener. La balade était agréable, les échanges plutôt naturels… jusqu’à ce que plusieurs éléments commencent à rendre la situation de plus en plus douteuse.

Ce récit est donc autant le souvenir d’une rencontre à Bodhgaya qu’une mise en garde face à ce type d’approche, où la frontière entre aide réelle et sollicitation organisée n’est pas toujours évidente à distinguer.

Une rencontre qui semblait anodine

En effet, en traînant dans les parages, on tombe sur un temple Hindou qui semble à l’abandon. On y croise des gamins, un moine étranger (type européen) entouré de quelques Indiens, à l’abri de la chaleur, et puis deux jeunes, qui commencent à nous faire la conversation.

bodhgaya - inde

bodhgaya - inde

bodhgaya - inde

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Arnaque bien rodée ?

Méfiant, car attendant le moment où ils vont nous demander de l’argent pour offrir leurs services en tant que guide ou autre, je les ignore plus ou moins dans un premier temps.

L’approche typique est de dire qu’ils veulent pratiquer et améliorer leur niveau d’anglais (qui est plutôt bon comparé à la moyenne). Mais au fur et à mesure qu’ils nous parlent, ceux-ci nous proposent juste de nous emmener vers un orphelinat.

Étonnament, Jitima a l’air ok, je me fie à son instinct et nous commençons donc à les suivre. Nous repassons devant le temple de la Mahabodhi avant de partir plus loin vers des ruelles.

C’est l’occasion de voir des parties de Bodhgaya où probablement assez peu de personnes s’y engagent. Les rues sont en terre, mais les maisons sont colorées et les gens qu’on croisent sont souriant pour beaucoup, c’est plutôt sympa.

On passe pas mal de temps à photographier pour moi, dessiner pour madame, et les jeunes nous accompagnant étant peu pressant, ils nous attendent gentiment à chaque arrêt qu’on marque.



scene de vie habitants bodhgaya - inde
Scène de vie « normale ».

scene de vie habitants bodhgaya - inde
Devinez qui est derrière tous ces gens 😉

Peu avant d’arriver, on voit une ruelle complètement jonchée d’ordures; à même le sol comme ça. Je ne peux m’empêcher de poser les questions : qu’est-ce qu’ils pensent de cela ? Comment s’est perçu ? Ça les dérange ?

Le jeune me répond alors que si, bien sûr, les déchets sont pourtant enlevés chaque semaine (bien que j’ai du mal à m’imaginer que ce tas là représente donc qu’une seule semaine de déchets), mais chaque fois ça revient… Il semblait un peu impuissant face à cette situation (malheureusement pas prête de changer).

bodhgaya - inde

Comme on a bien traîné, nous sommes déjà une heure après notre départ du temple de la Mahabodhi. Nous arrivons dans une cour avec des enfants qui se retrouvent très vite autour de nous. Là, un homme nous accueille, il nous indique être celui qui gère l’orphelinat, intitulé « Elizabeth Orphanage ».

C’est un prêtre catholique, Indien. Il accueille des dizaines d’enfants dont certains ont par exemple été retrouvés dans des poubelles… Ça, c’est le discours explicatif qu’on nous dit. Jusque là, ça se tient.

orphelinat bodhgaya - inde

orphelinat bodhgaya - inde

Les deux jeunes qui nous ont accompagnés nous avaient briefés, en gros, on nous présente l’endroit et on peut échanger, peut-être enseigner un peu d’anglais aux gamins. J’essaye alors d’expliquer en dessinant une carte sur le tableau d’où nous venons. Pendant ce temps, Jitima dessine un portrait de tous les enfants en réclamant un (autant dire beaucoup).

On sent l’homme qui nous accueille un peu « désespéré », manque de moyens dit-il… Il nous explique par exemple qu’il va devoir déménager, car le loyer est trop cher (7 000 Roupies, ce qui nous paraît effectivement excessif mais surtout anormal…).

orphelinat bodhgaya - inde

seance dessin orphelinat bodhgaya - inde
Jitima en pleine séance de dessins pour les orphelins.

Forcément au bout d’un moment, alors que nous souhaitons poursuivre notre journée, il nous demande si nous pouvons signer un genre de livre d’or, évidemment pas de soucis.

Il nous montre des photos d’autres personnes venus ici, histoire de légitimer sa présence. Mais évidemment, vient le moment où il demande si nous pouvons faire un don… Sur le principe, on se sent un peu piégé, car on sent bien qu’on n’a pas trop le choix.

Et il se trouve que ce jour-là, je n’avais réellement que très peu de liquide sur moi. Lorsque je tends quelques « malheureux » 2 000 Rs, l’homme avait l’air non seulement déçu, mais ose même demander si l’on n’a pas plus.

Sur le principe, il n’a pas été agressif, je préfère être honnête, mais je n’ai pas trop aimé l’attitude, car un don est un don : on fait en fonction de ses moyens…

orphelinat bodhgaya - inde

orphelinat bodhgaya - inde

C’est à ce moment précis que je me suis fait la réflexion que cet endroit n’est peut être pas officiel (même si j’étais suspicieux depuis le début).

Nous partons après quelques « aux revoirs » avec les enfants, qui eux, étaient tout content de recevoir une visite.

Comme cette histoire m’a titillé, j’en ai parlé avec un des bénévoles locaux ainsi qu’aux responsables du temple thaïlandais qui nous hébergeait. Ceux-ci nous répondent qu’ils n’ont pas entendu parler de cet orphelinat… alors qu’il n’est qu’à quelques pâtés de maisons.

orphelinat bodhgaya - inde
Devant le soit disant orphelinat…

Pour résumer : méfiance, c’est manifestement une machine bien rodée. Après c’est mon ressenti, peut-être que le désespoir de cet homme était sincère, d’où sa forme d’insistance sur obtenir un don. Je ne peux pas vraiment dire pour sûr que l’homme en question profite réellement de la détresse de ces enfants ou si carrément les familles des alentours « prêtent » leurs enfants, pour faire tourner la « machine ». Je reste sur mon impression que tout ça était douteux…

D’autant que c’est apparemment le genre d’arnaque courant à Bodhgaya, en sachant que la province du Bihar est la plus pauvre d’Inde.

Des mendiants pro dans La région la plus pauvre de l’Inde

Pour l’anecdote, l’homme du Wat Thai, qui le lendemain nous servira de chauffeur pour nous rendre à Rajgir et Nalanda, nous dressait un portrait particulièrement peu flatteur à propos de ses congénères :

« paresseux, se contentant de mendier professionnellement pour abuser de la naïveté des touristes« ,

Des propos un peu durs, qui avaient certainement une part de vérité. Ce dernier raisonnant comme quoi donner un peu d’argent à un mendiant ne sert à rien, puisqu’on ne sait d’autant pas à quoi l’argent servira que c’est dérisoire…

Son conseil : il vaut mieux donner à des associations caritatives sérieuses… Possible… mais sur le moment ça touche un point sensible, en général, on veut aider, se montrer bon en aidant son prochain, parfois égoïstement parce qu’on se sent « privilégié » mais au final, c’est donc particulièrement vicieux de faire un business en profitant de cette « faiblesse ».

D’après ce que j’ai pu en lire, nombres de mendiants à Bodhgaya sont en effet des « pros », ont des comptes bancaires et pour certains une situation plutôt enviable…en ont vraiment fait leur « métier ».

Il faut admettre qu’après cet épisode, on ne donnera pratiquement plus rien quitte à passer pour des sans cœurs…

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