Polonnaruwa fut l’une des grandes capitales médiévales du Sri Lanka, après Anuradhapura. Pendant près de deux siècles, rois et dynasties successives y ont laissé palais, temples, stupas et sculptures monumentales qui constituent aujourd’hui l’un des principaux ensembles archéologiques du pays.
Nous étions alors basés à Dambulla, une position plutôt pratique pour rayonner dans le Triangle culturel. Après les grottes de Dambulla, nous consacrions donc une journée entière à Polonnaruwa, accessible en bus et suffisamment vaste pour justifier ensuite un tuk-tuk afin de passer d’un ensemble de ruines à l’autre.
Au programme : palais royal, Quadrangle, Vatadage, anciens temples et, pour terminer, les célèbres bouddhas taillés dans la roche du Gal Vihara.
Rejoindre Polonnaruwa depuis Dambulla
Nous partions en tuk-tuk depuis notre guesthouse à Dambulla pour rejoindre l’arrêt de bus vers le centre-ville où nous étions la veille. À l’époque, ce court trajet nous avait coûté 200 roupies, contre 180 roupies pour deux pour le bus jusqu’à Polonnaruwa.
Après le trajet, nous passions devant le Parakrama Samudra, immense réservoir aménagé sous le règne de Parakramabahu Ier et élément majeur du système d’irrigation de l’ancienne capitale.

En arrivant au dépôt de bus proche des sites historiques, nous avions négocié 1 700 roupies pour la journée avec un tuk-tuk. Nous avions ensuite payé 25 $ chacun pour entrer sur le site, tarif en vigueur lors de notre voyage en 2013.
Le site historique de Polonnaruwa
Polonnaruwa devint la seconde capitale du Sri Lanka après la prise et la destruction d’Anuradhapura par les Cholas en 993. La cité conserve d’ailleurs des monuments brahmaniques liés à cette présence sud-indienne. Après 1070, elle redevint le centre d’un royaume cinghalais et connut son apogée au XIIe siècle sous Parakramabahu Ier.
La capitale fut ensuite déplacée vers Dambadeniya au XIIIe siècle. Le centre du pouvoir changea encore plusieurs fois avant de s’établir à Kandy, qui devint le dernier grand royaume indépendant de l’île avant la domination britannique.
Le site de Polonnaruwa se répartie en plusieurs sous-sites couvrant environ 122 hectares, autant dire qu’il vaut mieux être véhiculé.
La chambre du conseil et le palais royal
Sous une chaleur écrasante, nous commencions cette journée par la chambre du conseil (Raja Sabahawa) du roi Parakramabahu. Il faut comprendre qu’à l’époque de Polonnaruwa, le Bouddhisme était déjà bien ancré, du coup la plupart des monuments encore visible aujourd’hui avaient un but religieux.
Mais sauf ici ! Puisqu’il s’agit comme le nom l’indique, d’une chambre de conseil, un reste du siège du pouvoir des rois.

Le style architectural est influencé par le style Hindou. Un point commun à beaucoup des monuments, typiques du Sri Lanka, sont ces fameuses « moonstone » (sandakada pahana) ou pierre de lune en bon français. Elles symbolisent le Samsara, terme Bouddhiste signifiant littéralement « cycle de l’existence » ou « mouvement continuel ».
Ces pierres semi-circulaires sont placées telles un « paillasson » (c’est pas sa fonction qu’on soit bien d’accord !) au pied des escaliers des monuments, eux-mêmes bordés par des sculptures, souvent en forme de lions.
En face de la chambre du conseil se trouve le Palais-royal, qui était décrit comme un édifice particulièrement imposant pour l’époque, car haut de 7 étages. Celui-ci comportait notamment une salle d’audience pour les entretiens avec le roi et plus de 1000 chambres !
Détruit et brûlé lors d’une invasion sud indienne au début du XIIIe, il ne subsiste aujourd’hui que l’équivalent de 3 étages debout et la trace de 55 chambres. On peut aussi y apercevoir quelques plaques de la surface qui recouvrait les briques rouges, ainsi que les traces de brûlures.


Le site dit du Quadrangle
Nous poursuivons notre découverte de Polonnaruwa et rejoignait le site suivant appelé Quadrangle (ou Dalada Maluwa en Singhalais), signifiant littéralement cour carrée ou quadrilatère.
Le site est entouré d’une petite muraille et posé sur un petit plateau dont y accède par quelques marches dont il y a d’ailleurs encore au pied un bassin qui servait surement à se laver justement les pieds avant d’accéder au complexe qui comprenait plusieurs temples.

Vatadage et Hatadage
Tout de suite en haut des escaliers sur votre gauche se trouve le Vatadage, un temple d’une forme plutôt inhabituelle, car si les stupas sont généralement ronds, les temples eux, sont plutôt rectangulaire, ce qui n’est pas le cas ici.
D’un diamètre de 18m, celui-ci aurait contenu un temps la fameuse relique avec la dent du Bouddha. Au pied de l’escalier proche de l’accès au site se trouve une pierre de lune considérée comme étant la plus finement sculptée de Polonnaruwa.


Visiblement « jaloux » de la trace historique que le roi Parakramabahu laissait déjà ici (il a par ailleurs assassiné son fils, qui ne régna que 5 jours, pour s’emparer du trône…), le roi Nissanka Malla fit construire le Hatadage juste en face du Vatadage, temple plus « classique » de forme rectangulaire donc, mais sur 2 étages à l’origine et il y plaça la relique de la dent.
Le nom provient de « Hata » qui veut dire 60 et dage qui signifie relique. Alors pourquoi 60 ? La légende voudrait que le temple fût complété en 60 jours seulement… Plus communément, on pense que celui-ci contenait 60 reliques/statues de Bouddhas.
Nissanka Latha Mandapaya et Gal Pota (le livre de pierre)
Bien sûr, il ne se contenta pas que de ça, puisqu’il est aussi à l’origine d’un hall portant son nom, le Nissanka Latha Mandapaya, avec ces 8 piliers de granite aux formes uniques qui soutenaient une toiture.
Il a aussi fait construire cette statue de bodhisattva qui a perdu ses bras (« celui qui suit la voie du Bouddha ») et qui pourrait être aussi un portrait du roi Nassanka (mais il avait des bras lui hein) comme cela ne suffisait pas pour démontrer Sa « Grandeur », il fit graver sur une pierre ses exploits, cette pierre de 8m sur 1m40 relate le règne du roi Nassanka et sa vision de la légitimité du trône (il faut être Bouddhiste pour régner au Sri Lanka).

À côté, se trouve un bâtiment plutôt unique au Sri Lanka, de forme pyramidale sur 7 étages, le Satmahal Prasada, une construction semblable aux chedis que l’ethnie Môn a construit à Chiang Mai et Lamphun.
Cette ethnie fût à l’origine de l’expansion du bouddhisme en Birmanie et en Thaïlande, le paradoxe étant qu’ils ont pratiquement disparu de Thaïlande aujourd’hui, remplacés par les thaï (et oui, c’est une ethnie à la base!)
Atadage
Ce bâtiment est le seul attribué au roi Vijayabahu I encore debout de nos jours. Il faut dire que son règne remonte à loin, puisqu’il fût de Polonnaruwa sa capitale (1070-1110). Celui-ci possède 54 piliers en pierre qui soutenaient un étage aujourd’hui disparu. Sa particularité est d’avoir été le premier temple de la dent sacrée, relique du Bouddha.
Le Thuparama Gedige
Enfin le dernier bâtiment de ce groupe du Quadrangle, et pas des moindres, le Thuparama avait pour fonction d’accueillir des images du Bouddha, mais sa particularité est d’avoir admirablement bien résisté à 900 ans d’histoire (environ, car la date de sa construction, ni qui exactement en est à l’origine, n’a pu être établi), il a notamment encore sa toiture faite de briques semi cylindrique.
La structure est faite de murs épais de 2 m, cela a sûrement joué sur la solidité du temple, qui était d’ailleurs en rénovation lors de notre visite.


Temples Rankot Vihara et Alahana Pirivena
Le terme Vihara est un terme sanskrit qui désigne un temple bouddhiste. Et ces 2 temples valent le coup d’œil, les 2 pour des caractéristiques en faisant des bâtiments imposants, même 900 ans après leur création.
Rankot Vihara
Le Rankot Vihara est le 4e plus large stupa (désigné localement par le mot dagoba) du pays et, avec ces 55 m de hauteur pour 168 m de diamètre à sa base, c’est aussi le second bâtiment le plus grand du Sri Lanka encore entier après 900 ans.
La construction serait le fait du roi Nassanka Malla, enfin, il serait en tout cas celui qui l’aurait fait compléter (un panneau indique d’ailleurs la position exacte où il aurait observé en personne les ouvriers à l’œuvre).
Le stupa repose sur une terrasse en brique, elle-même étant entièrement faite de briques. Elle comporte également 4 vahalkadas (une à chaque points cardinaux) qui ont avant tout une fonction décorative, mais servent aussi pour le dépôt de fleurs en offrande.


Après cela, nous nous laissions tenter par une pause boisson, alors que nous voyions cette brave dame agiter ces bras pour nous faire venir, elle qui ne voit pas grand monde en ce jour et supporte la chaleur tant bien que mal. Pause relativement rapide, car il y en a encore beaucoup à voir.

Next step, Alahana Pirivena, un complexe de monastère incluant le Lankatilaka Vihara.
Le stupa Alahana Pirivena
Nous entrons dans la zone appelée Alahana Pirivena, un complexe de temples de 8 hectares construit sous le règne du roi Parakramabahu (qui régna entre 1153 et 1186 peu avant le roi Nissanka Malla, mentionné auparavant, qui lui succéda de 1187 à 1196 pour re situer historiquement parlant).

Lankatilaka Vihara Image House
J’ai vraiment du mal à trouver une traduction précise à « image house » mais comme son nom l’indique, c’est un temple qui pour vocation « d’héberger » (« house ») des représentations (« image ») de Bouddhas, généralement sous forme de statues.
D’ailleurs, le Bouddha debout principal restant au fond du temple en atteste. Celui-ci a malheureusement « perdu la tête », d’après des archives, notamment photos, la statue était encore complète au début du siècle dernier. La particularité de ce temple est l’imposante entrée avec ses murs épais et la hauteur actuelle de 17 m, sachant qu’originellement celui-ci avait 5 étages.

Nous terminions cette journée de visite à Polonnaruwa par l’un de ses ensembles les plus connus : le Gal Vihara.
Gal Vihara : Les sculptures de bouddhas sur pierres
Il s’agit de groupe de 4 sculptures taillées dans un même bloc de granite. Les 4 sculptures sont 2 bouddhas assis, un debout de 7 m et un en position allongée (en train d’atteindre le nirvana) de 14 m de long. La grosse déception fut que les autorités dans le but certes de préserver au mieux le site, y a ajouté un toit métallique qui défigure pas mal le site à mes yeux… La finesse et la qualité de ces sculptures en ont fait la renommée du site.
Le site est surveillé et, comme ailleurs dans les zones sacrées de Polonnaruwa, certaines règles de respect s’appliquent à tous les visiteurs. Il faut notamment éviter de se faire photographier dos aux représentations du Bouddha. Nous n’avions pas vraiment bien regardé les infos et j’ai su par la suite que juste derrière le Gal Vihara se trouve un ancien auditorium qui vaut aussi le coup d’œil. À noter que des singes traînent dans les lieux.





Soirée à Dambulla
Après ça, nous rejoignions l’arrêt de bus via notre tuk-tuk, qui aura un bref souci technique avec son engin. Pour le retour vers Dambulla, nous avions payé à l’époque 180 roupies pour deux, comme à l’aller.
En cours de route, on s’arrêtait faire un break, l’occasion de rencontrer quelques habitants et faire des portraits et photos du coin. Une fois de retour, nous allions plus tard chercher où manger dans les environs de notre Green Hut.
Nous trouvions un restaurant qui avait l’air un peu chic mais vide. On était seuls, mais c’était bon et d’un prix raisonnable pour ce standing : 875 roupies en 2013. J’avais pour le coup pris des sandwichs, histoire de changer du curry…
Sur le chemin du retour vers notre guesthouse, une dame nous interpella en nous proposant à manger, nous lui expliquons que nous venions juste de diner, celle-ci nous invita quand même à rentrer dans son salon. Après une brève discussion, on lui promettait de venir le lendemain tester, car il nous restait encore une nuit sur Dambulla avant de partir sur Sirigiya.
Le lendemain, nous poursuivions justement notre découverte du Triangle culturel avec Anuradhapura.


















































































