
Chiang Mai : 10 temples à découvrir en dehors de la vieille ville
Chiang Mai, surnommée la rose du Nord de la Thaïlande comme elle est surnommée, n’échappe pas à la profusion de temples disséminés un peu partout. Si je précise bien « hors de la vieille ville », c’est parce qu’ici je ne parlerai pas des temples situés dans le carré central, délimité par les douves et les vestiges de l’ancienne muraille : le centre historique de Chiang Mai, mérite un article à part entière.
Je ne parlerai pas non plus du Doi Suthep, sans doute le temple le plus célèbre de Chiang Mai, que j’ai déjà présenté en détail ici (car il ne se résume pas qu’à un temple).
L’idée ici est plutôt de vous emmener découvrir 10 temples situés autour de la ville, tous accessibles dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres. Des temples parfois méconnus, insolites ou marquants par leur style, et qui valent clairement le détour si vous avez envie de compléter la visite des incontournables du centre.
Les 10 temples sur une carte
Pour vous repérer plus facilement, voici une carte avec la localisation des dix temples mentionnés dans cet article. De quoi visualiser d’un coup d’œil ceux proches des remparts et ceux qui s’alignent sur l’axe sud-ouest de la ville.
Astuce : cliquez sur l’icône en haut à gauche de la carte pour afficher la liste des temples et l’itinéraire possible.
Autour des ramparts
En restant tout près de la vieille ville, autour des anciennes murailles, on trouve déjà plusieurs temples intéressants. Ils sont facilement accessibles à pied ou en courte course de tuk-tuk, et permettent de découvrir des styles très variés : chedis anciens, communauté môn ou encore le spectaculaire temple d’argent.
1- Wat Chet Yot (Phra Aram Luang)
Je n’avais encore jamais évoqué le Wat Chet Yot, un temple que j’avais pourtant visité il y a pas mal d’années, avant d’en perdre le nom et l’emplacement… Ce n’est que récemment que j’ai remis la main dessus, et comme il se trouve à deux pas du centre — à moins d’un kilomètre du centre commercial Maya, sur la route du Doi Suthep — je me suis dit qu’il avait toute sa place dans cette sélection.
Construit au XVe siècle sous le règne du roi Tilokkarat (1441–1487), le Wat Chet Yot — aussi appelé Wat Photharam Maha Vihara ou référencé sous le nom de Phra Aram Luang sur Google Maps — est un temple royal dont l’édifice principal présente une architecture inhabituelle.
Déjà, il ne s’agit pas d’un viharn au sens classique, mais plutôt d’un stupa hybride, conçu avec une salle de prière accessible. Surmonté de sept tours (chedis), il donne son nom à l’ensemble (Chet Yot signifiant littéralement “le temple aux sept sommets”). Leur silhouette évoque aussi des bâtons d’encens, ce qu’exprime l’appellation thaïe : Phra Stup Chedi Wat Chet Yot (พระสธูปเจดีย์ วัดเจ็ดยอด).
Son architecture combine plusieurs influences : indienne (inspirée du temple de la Mahabodhi à Bodh Gaya, en Inde, connu comme le lieu de l’Illumination du Bouddha, qu’on avait visité il y a un paquet d’années), mais aussi lanna, lao et chinoise.


Les murs extérieurs du stupa sont recouverts de sculptures et de bas-reliefs, dont certains sont encore bien conservés et témoignent de la finesse des détails apportés à l’ouvrage. Un passage voûté, rappelant les tunnels du Wat Umong dont je parle plus loin, permet d’accéder à l’intérieur, où se trouve une imposante statue de Bouddha dorée.
Autour de l’édifice central, on trouve plusieurs structures classiques : un ubosot (salle d’ordination) rectangulaire plus récent, un autre viharn de forme traditionnelle, ainsi que trois chedis secondaires. Deux sont de petite taille (dont un à base octogonale), tandis que le plus imposant, à base carrée, renfermerait les cendres du roi Tilokkarat.


2- Wat Lok Moli
Parfois orthographié Wat Lok Molee (une variante plus “anglophone”), il s’agit de l’un des plus anciens temples de Chiang Mai, puisque sa fondation remonte au XIVe siècle. Il aurait probablement eu le statut de temple royal, bien qu’il se trouve en dehors du carré central formant le vieux Chiang Mai. La plupart des structures visibles aujourd’hui sont toutefois plus récentes, certaines remontant tout de même au XVIe siècle.
C’est le cas de sa pièce maîtresse, un imposant chedi à base carrée, construit en 1527. Il contiendrait les cendres de plusieurs monarques de la dynastie Mengrai, souverains du royaume Lanna entre les XIIIe et XVIe siècles. Chaque côté du chedi est percé d’une niche abritant une statuette de Bouddha. À la même époque, un viharn avait également été édifié, mais il n’en subsiste que la base en brique. Le grand viharn que l’on voit aujourd’hui devant le chedi est une reconstruction contemporaine.


L’histoire du temple reflète celle de la ville : à partir de 1558, le Lanna fut dominé par les Birmans pendant plus de deux siècles. Après une guerre longue et destructrice, Chiang Mai fut même abandonnée pendant plus de vingt ans (1775–1797). Le Wat Lok Moli, comme la cité elle-même, tomba alors en ruine.
Il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour voir le temple restauré, alors que le Lanna faisait déjà partie intégrante du royaume de Thaïlande depuis un demi-siècle. Quant au viharn, malgré son allure “ancienne” avec sa charpente en bois reprenant les codes du style lanna, il date en réalité de 2003. Son entrée est gardée par deux nagas (serpents mythologiques) et sa façade s’orne de motifs floraux finement sculptés, ainsi que de petites scènes illustrant la vie du Bouddha.



L’entrée principale, une grande porte en brique flanquée de statues de gardiens, vaut aussi le coup d’œil. C’est un temple souvent prisé des instagrammeurs en herbe, mais je dois dire qu’il a malgré tout son charme. Sa proximité avec la vieille ville en fait sans aucun doute une visite intéressante si vous vous intéressez à l’architecture Lanna et aux temples.





3- Wat Pa Pao
Le Wat Pa Pao, que l’on peut traduire par le “temple du bosquet aux arbres pao”, se trouve à deux pas du carré central de Chiang Mai, à tout juste un kilomètre du Wat Lok Moli. Ce n’est pas un temple ancien, mais il se distingue par son architecture : il s’agit d’un temple birman, plus précisément de style shan. Construit en 1883 sous le règne du dernier roi de Chiang Mai, Inthawichayanon — dont le nom a été donné au plus haut sommet de Thaïlande, le fameux Doi Inthanon — il témoigne de l’influence birmane dans la région.
À la fin du XIXe siècle, l’exploitation du teck battait son plein dans le nord de la Thaïlande. Attirés par cette opportunité, de nombreux travailleurs shan quittèrent le nord-est de la Birmanie pour s’installer à Chiang Mai et y bâtirent leurs propres lieux de culte, dont le Wat Pa Pao.
En pénétrant dans l’enceinte, on remarque un mur en briques percé de portes cintrées entourant un grand chedi et un viharn. L’édifice d’origine, en bois, a disparu et a été remplacé par un bâtiment en ciment. Celui-ci conserve toutefois l’esprit shan, avec son toit à cinq niveaux (pyatthat), décoré de motifs colorés et surmonté d’une ombrelle cérémonielle dorée (hti).







Le chedi principal, en forme de cloche, est lui aussi surmonté d’un hti. À sa base, quatre créatures mythologiques hybrides, mi-lions mi-dragons, veillent autour du stupa. On retrouve ces mêmes gardiens stylisés sur les petites marches menant à une niche où repose une statuette de Bouddha.





Lors de notre passage, le lieu était particulièrement calme. Comme les exemples d’architecture shan ne sont pas si fréquents en ville, le Wat Pa Pao mérite le détour. Et si vous aimez multiplier les visites, notez qu’entre ce temple et le Wat Lok Moli, vous pouvez faire une halte intermédiaire au Wat Chiang Yeun, un temple avec une belle façade, un grand chedi blanc et une plateforme à l’entrée avec un Boudhda doré.


4- Wat Si Suphan : le temple d’argent
Si je vous dis “Wat Si Suphan”, son nom en thaï, cela ne vous dira sans doute pas grand-chose (à moi non plus avant d’y aller !). Mais si je vous dis “le temple d’argent” (Silver Temple), vous en avez peut-être déjà entendu parler. Situé juste au sud de la vieille ville de Chiang Mai, c’est un temple vraiment unique en son genre.
Fondé au XVIe siècle, l’ensemble a connu plusieurs transformations. Son attraction principale est aujourd’hui un ubosot (salle d’ordination) entièrement recouvert et décoré de plaques argentées, fruit d’un travail d’orfèvre initié par l’abbé du temple en 2004 et encore en évolution. Dans la rue qui mène à l’entrée, on peut d’ailleurs voir des artisans au travail dans un petit atelier.
À l’intérieur de l’ubosot, la traditionnelle statue de Bouddha dorée côtoie des motifs inattendus et parfois surprenants : on peut passer d’un billet de 1000 bahts géant avec l’effigie du roi Rama 9, à … une soucoupe volante (fantaisie de l’artiste ?).
La structure reprend dans l’ensemble l’architecture lanna, avec une particularité culturelle : l’accès à l’intérieur est interdit aux femmes. Cette restriction, liée à des croyances anciennes sur la pureté et la préservation du lieu sacré, perdure encore aujourd’hui.
Enfin, notez que le temple propose régulièrement des “monk chats”, ces échanges conviviaux avec des moines qu’on retrouve également au Wat Chedi Luang dans la vieille ville. Entre 17h30 et 21h, les mardis, jeudis et samedis, il est possible de discuter librement avec eux. Les sujets varient de la vie monastique, à la pratique de la méditation, la culture lanna ou la société thaïlandaise dans le sens large… une expérience enrichissante qui dépasse la simple visite du temple.





Bonus : Wat Chang Kong
J’inclus ici le Wat Chang Kong, situé près de la sulfureuse Soi Loi Kroh. Je le mets en bonus, car le temple en soi est assez banal et relativement récent — et surtout, je viens tout juste de le découvrir, donc je n’y suis pas encore allé. Mais comme il n’est qu’à une dizaine de minutes de la vieille ville, il mérite d’être mentionné pour une particularité : sa bibliothèque bouddhiste, le Ho Trai.
Ce bâtiment de deux étages, construit en 1903, mélange les styles Lanna, birman et chinois — l’un des principaux donateurs étant justement d’origine chinoise. On peut y voir des peintures murales sur le balcon du 2e étage, ainsi que des ornements en stuc et en bois sculpté, décorant cette structure en briques et plâtre.

Photo par contributeur Google Maps Thiwakorn.
Axe sud-ouest
En s’éloignant un peu plus, au sud-ouest de Chiang Mai, on peut suivre un véritable itinéraire qui enchaîne plusieurs temples majeurs. Depuis le grand Wat Suan Dok jusqu’au paisible Wat Intharawat, en passant par des retraites spirituelles et des temples perchés offrant de belles vues, cette zone se parcourt facilement en scooter ou en songthaew que vous pourrez louer à la journée, avec la possibilité de combiner plusieurs visites dans la même journée.
5- Wat Suan Dok
Le Wat Suan Dok, dont le nom signifie “le temple du jardin aux fleurs”, est situé le long de la route de Doi Suthep (qui ne mène pas directement au sommet mais en longe le pied), à environ un kilomètre de la porte Suan Dok, l’entrée ouest de la vieille ville.
Construit à la fin du XIVe siècle sur un terrain appartenant au roi de Chiang Mai, il fut destiné à accueillir un moine éminent venu de Sukhothai. Le temple abrite aujourd’hui plusieurs structures d’importance historique : un grand stupa de 48 m de style sri-lankais, à base carrée, renfermant des reliques du Bouddha, ainsi qu’un vaste wiharn (salle de rassemblement) ouvert, sans murs latéraux.
Pour ma part, son attrait principal réside dans le jardin de mausolées blancs, un cimetière royal qui conserve les cendres des anciens souverains et nobles de Chiang Mai. On y trouve notamment celles du roi Kawila, qui régna au début du XIXe siècle.
Le temple est également lié de près à l’histoire du Wat Phra That Doi Suthep. La tradition raconte qu’une relique du Bouddha, conservée au Wat Suan Dok, se serait brisée en deux (la légende a d’ailleurs enrobée cette version en évoquant une duplication magique…). L’une des moitiés fut enchâssée ici, tandis que l’autre fut portée par un éléphant blanc jusqu’au sommet de la montagne. C’est à l’endroit où l’animal rendit son dernier souffle que fut fondé le Wat Doi Suthep, aujourd’hui le temple le plus emblématique de Chiang Mai.
À noter : la proximité de l’aéroport fait qu’on peut voir les avions passer au-dessus du site, un contraste saisissant avec le calme des mausolées.
6- Wat Umong Suan Phutthatham
Voilà un temple vraiment atypique, non seulement pour Chiang Mai mais aussi pour la Thaïlande. À ce jour, c’est le seul de ce genre que j’ai eu l’occasion de visiter. Sa particularité ? Un réseau de tunnels, aménagés sous le chedi principal, qui servent de lieux de prière.
Ces galeries, qui ont donné son nom au temple (umong signifiant “tunnel” en thaï), étaient autrefois recouvertes de fresques aux motifs floraux dominées par la couleur rouge. Leur construction fut ordonnée par le roi Mengrai il y a plus de 700 ans, peu après la fondation de Chiang Mai. Le Wat Umong devait accueillir un moine respecté, Therachan, qui, lassé du bruit de la ville, ne parvenait plus à méditer. Édifié en périphérie et entouré de forêt, il lui offrait enfin la tranquillité nécessaire à sa pratique.
Et cette atmosphère se ressent encore aujourd’hui : le Wat Umong reste ce que l’on appelle un “temple de forêt”, c’est-à-dire un monastère où la méditation est privilégiée dans un cadre naturel. Il n’est pourtant situé qu’à 4 km du carré central de la vieille ville, au pied du Doi Suthep. On oublie presque que la piste de l’aéroport se trouve à seulement un kilomètre de là.






L’histoire du temple fut chaotique : abandonné à partir du règne du roi Tilokarat en 1487, il resta délaissé près de 500 ans avant d’être réinvesti dans les années 1940. Restauré en 1948, il est aujourd’hui rouvert comme centre de méditation. Devant les tunnels, on remarque un ensemble de statuettes et de fragments de statues anciennes, déposés par les fidèles pour préserver ces reliques ainsi que des restes de statues de Bouddha dont j’ignore leur provenance.
Autre curiosité, le site possède une copie d’un pilier Ashoka, datant de la même époque que la fondation du temple au XIIIe siècle. Ces piliers, érigés en Inde par l’empereur Ashoka au IIIe siècle av. J.-C., symbolisaient la propagation du bouddhisme vers l’Asie du Sud-Est… et même au-delà.
En parcourant les allées de l’enceinte, on croise aussi un centre de méditation, ainsi que de petits panneaux philosophiques accrochés aux arbres. Ils délivrent des maximes bouddhistes dans une atmosphère ombragée, idéale pour flâner ou se poser au calme.
Sur le côté du site, un bassin artificiel peuplé de poissons complète la visite. On peut les nourrir, tout comme les canards, les oiseaux et même les biches entretenues par les moines. Une touche un peu insolite qui contraste avec le caractère méditatif du lieu.


7- Wat Ram Poeng (Tapotaram)
Pour ce 7e temple, on descend un peu vers le sud-ouest de Chiang Mai, non loin de l’aéroport et du Wat Umong dont je parlais dans mon précédent article sur les temples autour de Chiang Mai. Nous sommes alors au pied de la montagne du Doi Suthep, un endroit parfait pour se détendre au calme du tumulte de la ville, pourtant pas si loin. Et ça tombe bien, car ce temple sert de centre de méditation, qui accueille également des étrangers, désireux de s’initier à la technique de méditation dite de Vipassana.
Si cela vous intéresse, vous avez une page avec les informations en anglais sur leur site web : https://www.watrampoeng.com/vipassana-information/
La fondation du temple remonte au XVe siècle. Une inscription sur pierre permet même de dater précisément sa création (malgré certaines sources indiquant une autre année) : le troisième jour du septième mois lunaire de l’an 1492, soit le 26 juillet (pour les curieux comme moi, j’ai établi cette date en regardant le calendrier lunaire ici).
De cette époque, subsiste surtout le grand chedi principal. Bien que largement rénové, il est toujours debout après plus de cinq siècles : une base circulaire surmontée de plusieurs étages, chacun décoré de niches abritant des statuettes de Bouddha.
L’histoire du temple est liée à celle du roi Phaya Yot Chiang Mai (พญายอดเชียงราย). Selon la tradition, après avoir vengé la mort de son père dans un contexte de trahison, il fit bâtir ici un monastère pour faire acte de mérite. Une légende rapporte qu’un moine aurait confirmé la présence de reliques enfouies sur ce site, et c’est à cet emplacement que fut érigé le chedi.
Devant le stupa se dresse le viharn principal, entouré d’une allée couverte. Ses structures actuelles sont récentes : les travaux ont débuté en 2016, le viharn en teck remplaçant un bâtiment moderne construit avec des matériaux ordinaires. En revenant au bois, le temple retrouve un style plus authentique, fidèle à l’architecture lanna, redonnant du prestige et attirant de nouveau les fidèles, qui, comme moi, apprécient l’élégance des boiseries.







Un peu à l’est, l’ubosot (salle d’ordination), également en teck, mérite aussi le détour. On y accède par une magnifique porte surmontée d’une sculpture pyramidale typique de la région. L’édifice, sans murs latéraux, abrite une statue de Bouddha taillée dans la pierre — un matériau plus rare qui contraste avec le bois et les dorures environnantes. L’ensemble est complété par un corridor en teck, dont le parquet brillant s’oppose aux riches décorations dorées des portes.


Peu fréquenté lors de notre passage, le temple respirait la tranquillité. En dehors d’un autre touriste, thaïlandais de surcroit, et de l’ouvrier à l’oeuvre dans le viharn, on y croisait seulement une dame profitant de cette zénitude ambiante pour méditer. Bien qu’en grande partie moderne, il fait plaisir de voir qu’il respecte — ou plutôt remet en valeur — les codes traditionnels du style lanna. Un mélange qui lui donne un charme indéniable et justifie pleinement sa place dans cette liste.






8- Wat Phra That Doi Kham
Le Wat Phra That Doi Kham, littéralement “le temple de la montagne d’or”, est souvent présenté comme le petit frère du Wat Phra That Doi Suthep, tant leurs caractéristiques se ressemblent : reliques du Bouddha (d’où le terme Phra That), temple perché sur une colline, et belle vue sur Chiang Mai. On coche toutes les cases. Pour autant, ce n’est pas un simple copier-coller : le temple se démarque suffisamment pour mériter sa propre visite.
Sur Google Maps, il aussi indiqué sous l’appellation Luang Pho Tanjai, en référence à la statue monumentale de Bouddha de 17 m qui domine le site.


Moins connu des étrangers mais très vénéré des locaux, il possède pourtant une histoire plus ancienne que son célèbre voisin. Sa fondation remonterait, selon certaines sources, au VIIe siècle — plus précisément en 687 apr. J.-C., soit environ six siècles avant la création du royaume Lanna ! Son chedi principal daterait de cette époque.
Entouré d’une cour et d’un cloître rappelant celui du Doi Suthep, il fut ensuite délaissé puis abandonné. En 1966, de fortes pluies endommagèrent le chedi, révélant de nombreuses statuettes de Bouddha à l’intérieur. Les villageois se mobilisèrent alors pour financer sa restauration et redonner vie à ce temple de montagne oublié.






Sous le cloître, on retrouve les statues classiques de Bouddha dans diverses positions. Le lieu reste très vénéré : les fidèles viennent en nombre déposer des gerbes de fleurs blanches devant un autel couvert, dans une ambiance de prières et de chants.
En dehors de la zone du chedi, on peut admirer un ubosot richement décoré, avec les rampes d’escalier gardées par deux nagas mêlés à des makara, créatures aquatiques mythologiques. Impossible aussi de manquer la statue monumentale de Bouddha, haute de 17 mètres, placée à l’entrée du cloître.
Côté panorama, la vue sur Chiang Mai est moins en hauteur qu’au Doi Suthep, mais elle a son charme : montagnes en arrière-plan, rizières en premier plan, et le pavillon du Royal Park Rajapruek qu’on aperçoit bien visible en contrebas.
9- Royal Park Rajapruek
C’est le plus récent de tous ceux listés ici, mais je triche un peu car il ne s’agit pas d’un temple au sens classique du terme. En effet, aucun moine ne vit ici, mais au cœur du parc se dresse le pavillon royal Ho Kham Luang, véritable pièce maîtresse du site, qui reprend tous les codes architecturaux des édifices religieux.
Ces jardins ont été élaborés en 2006 pour commémorer le 60e anniversaire de l’accession au trône de Sa Majesté le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX, décédé en 2016). L’année suivante marquait également son 80e anniversaire.
L’entrée donne déjà le ton, avec une large allée bordée de haies et de pins bien taillés. Au bout, on aperçoit le pavillon royal, érigé sur une vaste plateforme surélevée entourée de statues et de motifs sculptés, qui mettent en valeur l’édifice et accentuent son allure de palais.
À l’origine, le parc portait le nom d’International Exposition for His Majesty the King. Le roi ayant beaucoup œuvré pour le développement agricole du pays, le Royal Park se veut aussi un centre de recherche dans le domaine de la culture et de l’agriculture.
Le jardin est divisé en plusieurs zones. On peut citer par exemple le jardin tropical thaï, qui met en valeur la diversité des plantes du pays. Une autre zone est celle des “Jardins du roi”, où les administrations thaïlandaises et le secteur privé présentent leurs créations florales inspirées des principes royaux de gestion agricole et paysagère.
On trouve également une serre consacrée aux fleurs plus délicates, tandis qu’à l’extérieur, un ensemble de plantes et d’arbres tropicaux est aménagé autour d’une petite rivière artificielle. Selon les saisons, on peut y admirer une grande variété de plantes et de fleurs.





Plus loin dans le parc, une allée monumentale mène au pied du pavillon. L’accès se fait par un large escalier encadré de balustrades blanches aux formes ondulantes, ponctuées de sculptures et d’ornements dorés. La silhouette élancée du bâtiment reprend les codes de l’architecture lanna, avec son toit en teck aux multiples niveaux richement décorés.
L’intérieur, soutenu par d’imposantes colonnes dorées, impressionne par son décor raffiné. Les parois noires sont ornées de fresques colorées et de motifs floraux. Dans des vitrines disposées le long des murs, on découvre une exposition dédiée à la vie et aux réalisations du roi Rama IX, rappelant ainsi que le pavillon a été conçu en hommage au souverain.


Vu de l’extérieur, l’édifice s’élève au milieu d’un vaste bassin et de parterres fleuris impeccablement ordonnés, offrant un cadre digne d’un palais. Avec les montagnes en toile de fond et le Wat Phra That Doi Kham visible sur la colline, l’ensemble compose l’un des panoramas les plus photogéniques de Chiang Mai.
Le parc accueille aussi de nombreux événements, notamment pour le passage à la nouvelle année ou lors des célébrations de Loy Krathong en novembre (qui coïncide avec le festival de Yi Peng). Mais le plus marquant reste sans doute le festival floral, qui s’étale de décembre à février, une période idéale pour visiter Chiang Mai et le site.
Pour l’anecdote, j’avais pu le visiter gratuitement à l’époque, après avoir simplement demandé mon ticket en thaï… Je doute que ce soit encore possible aujourd’hui. À 200 bahts l’entrée, même sans réel intérêt pour la botanique, ça reste un bel endroit photogénique — et avec le temps, il finira sans doute par devenir “historique”.
10- Wat Intharawat (Wat Ton Kwen)
Enfin, last but not least comme diraient nos amis anglophones, le Wat Intharawat, plus connu localement sous le nom de Wat Ton Kwen, est considéré comme un exemple exceptionnel de l’architecture classique lanna. Il se situe plus au sud, dans le district de Hang Dong, non loin du Royal Park Rajapruek — dont le pavillon central s’inspire d’ailleurs directement de ce viharn.
Outre la salle de prière, l’ensemble comprend un corridor en U entourant l’édifice principal, ainsi qu’un pavillon cruciforme, unique dans le nord de la Thaïlande. Celui-ci joue le rôle d’un mondop, un bâtiment destiné à abriter des reliques ou objets religieux, dont l’architecture symétrique renvoie à la cosmologie bouddhiste (j’y reviens juste après).
Sur le toit du mondop, on voit, sur les tuiles de bois patinées par le temps, des ornements en stuc figurant des nagas. Leurs têtes très stylisées font presque penser aux figures qu’on retrouve à Bali, avec des yeux incrustés de verre coloré. Ces sculptures, à la fois décoratives et symboliques, rappellent le rôle protecteur des nagas dans le bouddhisme : veiller sur le temple et repousser les mauvais esprits.
Son apparence est trompeuse car pour le coup, le viharn n’est pas particulièrement ancien, puisqu’il fut construit en 1857 (sous le règne de Rama IV, alors roi du royaume de Rattanakosin voisin), avec l’ajout du pavillon en croix l’année suivante. Mais il est unanimement loué pour la finesse de ses finitions, au point que les historiens estiment qu’il fut probablement l’œuvre d’artisans royaux.
En 1989, il fut même distingué par l’Association des architectes siamois comme l’une des pièces d’architecture les plus remarquables du pays. Voyez que je ne sélectionne pas mes temples à la légère !




Comme je l’évoquais, la configuration du lieu obéit à une symbolique cosmologique : le viharn représente le Mont Méru, centre de l’univers, tandis que la cour de gravier l’entourant symbolise l’océan Srithundorn. Cet aspect est resté intact depuis sa création, fait rare à une époque où beaucoup de temples ont remplacé les sols en terre par du béton, afin d’éviter l’inconfort de la boue pendant la saison des pluies.
Côté architecture, le viharn présente un toit à trois niveaux à l’avant et deux à l’arrière. La partie supérieure et les colonnes sont en bois de teck, comme il est courant dans le nord de la Thaïlande. L’intérieur conserve des peintures murales aujourd’hui très délavées, mais aussi des poteaux ornés de motifs dorés. Au fond trône la statue principale, un Bouddha assis, également doré.



Globalement, le Wat Intharawat se distingue nettement et reste populaire auprès des Thaïlandais. Non seulement parce qu’il est considéré comme un chef-d’œuvre de style lanna, mais aussi parce qu’il sert régulièrement de décor à des séries historiques télévisées. Malgré cette mise en avant, le site était étonnamment tranquille lors de notre passage (la pandémie aidant sans doute).
À noter qu’en face de la cour se trouve un espace vert ponctué de maisons sur pilotis. L’une d’elles semblait destinée à devenir un café ou un petit restaurant, mais elle était encore fermée lors de notre visite.