The Artist’s House ou Baan Silapin, de son nom en thaï, est une ancienne maison en bois située au bord du canal Bangkok Yai, au cœur de la communauté de Khlong Bang Luang, dans le quartier de Thonburi.
Devenue à la fois café, galerie et lieu consacré à l’artisanat, elle offre surtout une bonne occasion de découvrir un autre visage de Bangkok, loin des grandes avenues du centre.
Il est désormais assez simple de s’y rendre en métro via le MRT, mais l’arrivée en longtail boat garde évidemment un charme particulier. Encore faut-il ne pas se contenter de passer devant, comme le font de nombreuses excursions : Baan Silapin mérite qu’on y fasse halte, ne serait-ce que pour parcourir les passerelles bordant le canal et découvrir le quartier qui l’entoure.
Khlong Bang Luang, un vestige de la « Venise de l’Est »
On l’oublie parfois, mais Bangkok fut longtemps surnommée la « Venise de l’Est ». Ses nombreux canaux servaient aussi bien aux déplacements qu’au transport des marchandises et structuraient une grande partie de la vie quotidienne. Avec le développement de la ville et l’émergence de la voiture, beaucoup ont été comblés pour laisser place à des routes et à différentes infrastructures délaissant peu à peu ce mode de vie sur l’eau.
Aujourd’hui, s’il reste encore un vaste réseau, beaucoup de khlongs sont malheureusement devenus impropres à la navigation, en raison notamment de ponts trop bas ou du bétonnage des berges. Les rares canaux encore utilisés pour le transport public du côté est de Bangkok, comme le Saen Saep, font plutôt figure d’exception. Ces dernières années, la ville a toutefois fait pas mal d’efforts pour nettoyer et réhabiliter une partie du réseau.

C’est surtout sur la rive droite, précisément à Thonburi, que subsiste l’essentiel du réseau encore navigable. Les balades en bateau privé permettent d’y observer des maisons sur pilotis à l’ancienne, qui se mélangent aux maisons plus cossues et aux nombreux temples bordant les canaux.
C’est aussi un moyen original de rejoindre plusieurs marchés flottants, comme celui de Taling Chan ou encore Lat Mayom (ouverts uniquement les weekends).
Le canal Bangkok Yai qui passe devant Baan Silapin possède lui-même une histoire particulière puisqu’il correspond à une partie de l’ancien cours du Chao Phraya.
Au XVIe siècle, un canal fut creusé pour éviter la large boucle que formait alors le fleuve. Sous l’effet du courant, ce raccourci s’élargit progressivement jusqu’à devenir le lit principal que suit aujourd’hui le Chao Phraya devant le Grand Palais et Wat Pho, tandis que l’ancien tracé devint les canaux Bangkok Noi et Bangkok Yai.
C’est au bord de ce dernier que s’est développée la communauté de Khlong Bang Luang. Avec sa maison en bois, ses passerelles et sa terrasse donnant directement sur l’eau, The Artist’s House constitue aujourd’hui l’un des témoins les plus accessibles de cet héritage.
Baan Silapin : la maison aux artistes
Depuis le canal, Baan Silapin reste facilement reconnaissable à sa terrasse en bois, mais aussi aux statues colorées grandeur nature parfois installées au bord de l’eau.
Avant de devenir la maison aux artistes que l’on connaît aujourd’hui, cette demeure en bois construite dans un style dit « de Manille » appartenait aux Raksamruat, une lignée d’orfèvres.
Déjà vieille de plus d’un siècle, cette maison à deux niveaux bâtie selon un plan en L fut vendue à Chumpol Akkapantanon, un artiste local qui la restaura avant de la transformer en galerie et de l’ouvrir au public sous le nom de Baan Silapin.
La maison possède également la particularité d’avoir été bâtie autour d’un ancien chedi, qui marquait probablement autrefois la limite de l’enceinte du Wat Kamphaeng Bang Chak voisin. Toujours visible au centre du bâtiment, celui-ci rappelle que les lieux ont une histoire bien antérieure à leur transformation en espace artistique.
De l’art, des marionnettes, un café
L’endroit a évolué depuis ma première visite, mais reste résolument tourné vers l’art et les activités créatives. La galerie installée à l’étage rassemble des peintures et différentes œuvres, notamment de l’artiste ayant racheté la maison. La plupart des œuvres exposées ici sont par ailleurs proposées à la vente.
Des ateliers peuvent également être organisés, surtout le weekend, autour du dessin, de la peinture, de la confection de bracelets ou encore du papier mâché.
Parmi les différentes formes d’art associées à Baan Silapin, les marionnettes traditionnelles ont longtemps occupé une place centrale. Lorsque j’ai connu cet endroit, le spectacle était même l’un des rendez-vous incontournables de Baan Silapin, programmé presque tous les jours à 14h, à l’exception du mercredi.
On pouvait assister gratuitement à une représentation donnée par les marionnettistes expérimentés de la troupe Kham Nai, constituée d’artistes spécialisés dans le hun lakhon lek.



Les marionnettes mettent notamment en scène les personnages du Ramakien, l’épopée nationale thaïlandaise dérivée du Ramayana indien. En résumé, une histoire de princes, de princesses, de démons et du roi singe Hanuman, dont on peut également observer différents épisodes sur les peintures du cloître entourant le Wat Phra Kaew, au Grand Palais.
Chaque marionnette est manipulée par trois personnes, trois hommes ou trois femmes selon le personnage incarné. Une première personne contrôle la tête et le bras gauche, une autre le bras droit et la troisième les jambes. Il y a quelque chose de particulièrement gracieux dans leurs déplacements synchronisés, donnant l’impression qu’elles ne forment plus qu’un seul corps pour donner vie à la marionnette.
Après le Covid, cette formule régulière a disparu. Lors de l’une de mes visites suivantes, j’ai toutefois assisté à une séance durant laquelle des jeunes répétaient les mouvements nécessaires à la manipulation des marionnettes.
Ces cours, proposés à un tarif accessible, permettent notamment aux jeunes du quartier de s’initier à un art généralement coûteux à apprendre, tout en contribuant à sa transmission.
Depuis la création du Khlong Bang Luang Floating Market, des représentations gratuites de marionnettes semblent de nouveau être programmées le weekend à 14h sur la scène du Wat Kamphaeng Bang Chak. Je n’en connais toutefois pas la régularité actuelle. Dans tous les cas, les marionnettes restent visibles dans une vitrine à l’intérieur de la maison.
Enfin, si vous n’êtes pas particulièrement porté sur l’art, vous pouvez simplement prendre un verre au café et vous installer à l’intérieur ou sur la terrasse, les pieds au-dessus du canal, en regardant passer les bateaux.
Le quartier de Khlong Bang Luang et le floating market
Si vous déambulez un peu le long du canal, vous croiserez plusieurs boutiques attenantes à la maison qui sont toutes consacrées à l’artisanat. Mais c’est aussi l’occasion de voir des scènes d’un quotidien local, alors que le quartier reste plus vivant que jamais.

Toujours le long du canal, on longe de vieilles bâtisses en bois, dont certaines abritent de petites boutiques tenues par des dames d’un certain âge. Il peut s’agir d’une simple épicerie ou d’un commerce mélangeant vêtements et nourriture pour poissons.
En raison de la proximité des temples, la pêche est interdite dans cette partie du canal, tandis que nourrir les poissons constitue une manière classique de faire mérite en Thaïlande.
Si vous allez du côté du Wat Khuhasawan Worawiharn, vous trouverez un petit pont offrant une belle vue sur le canal, avec quelques restaurants proposant des plats simples sur ses deux rives.
Vous pouvez toujours jeter un oeil au temple en question mais ce dernier ne se démarque pas particulièrement, autant privilégier celui qui se trouve de l’autre côté de la maison histoire de pas saturer.
Vous pouvez ensuite emprunter la petite Soi 28 afin de faire une boucle derrière la maison aux artistes et de parcourir les rues avoisinantes, le temps d’oublier que vous êtes toujours à Bangkok.
C’est l’occasion de côtoyer une vie simple, dans un quartier globalement calme si ce n’est les quelques scooters de passage dans ces ruelles étroites. On croise des maisons modestes abritant parfois une boutique, un petit café ou un coiffeur à l’ancienne, et peut-être des moines en train de se balader entre deux temples.
Vous passerez un petit pont enjambant le petit canal intermédiaire de Bang Chak, qui jouxte le côté de Baan Silapin alors visible, avant d’arriver dans le périmètre d’un autre temple, le Wat Kamphaeng Bang Chak.

Ce dernier est notable pour ses peintures murales intérieures, mais aussi pour celle visible à l’extérieur, représentant un Bouddha debout sur sa façade.
Il est entouré de deux bâtiments annexes, rénovés depuis mon dernier passage, ainsi que de plusieurs petits chedis qui ne sont pas sans rappeler l’architecture même de celui encore présent dans la maison aux artistes.
Cette partie du quartier s’est nettement dynamisée ces dernières années, alors qu’on se trouve dans le prolongement de Baan Silapin et des activités artistiques développées autour de la maison.
Juste avant d’atteindre la cour du Wat Kamphaeng Bang Chak, vous tomberez ainsi sur une zone plus animée regroupant plusieurs boutiques et ateliers d’artisanat récemment installés.
C’est également là que se trouve le Khun Aoi’s Kitchen, le restaurant que je recommande dans ce coin, au bord du canal et à moins de 100 m de Baan Silapin.
L’ensemble est désormais présenté sous le nom de Khlong Bang Luang Floating Market, même si le terme de marché flottant est ici à prendre au sens large, puisque les boutiques sont installées le long du canal et non sur des bateaux.
Que voir autour de Baan Silapin ?
La visite de Baan Silapin et du quartier de Khlong Bang Luang peut occuper quelques heures tout au plus, sans nécessairement remplir toute une journée. Mais de par son emplacement, elle peut s’intégrer à une découverte plus large de Thonburi et d’autres quartiers des environs ou en profitant d’une excursion en bateau sur les khlongs.
Wat Paknam Phasi Charoen et Talat Phlu
À moins de 2 kilomètres de Baan Silapin, le Wat Paknam Phasi Charoen est devenu l’un des monuments les plus reconnaissables de cette partie de Bangkok, notamment grâce à son immense statue dorée de Bouddha, parfaitement visible depuis ce même canal de Bangkok Yai.
Le complexe mérite également une visite pour sa grande pagode, dont le dernier étage abrite un étonnant stupa en verre sous une coupole richement décorée.
Vous pouvez ensuite poursuivre vers Talat Phlu, un ancien quartier de Thonburi connu pour son marché et ses nombreuses adresses où manger. Autour de la gare et le long des rues voisines, la balade permet aussi de croiser plusieurs temples, d’anciennes maisons et une ambiance locale encore bien présente.
Poursuivre la découverte des khlongs en bateau
Baan Silapin peut également constituer une étape au cours d’une excursion plus large sur les canaux de Thonburi. Si vous optez pour un bateau privé, l’itinéraire peut notamment passer par le Wat Ko et différents temples bordant les khlongs.
Le weekend, il est également possible d’envisager un circuit allant jusqu’aux marchés flottants de Taling Chan ou même de Khlong Lat Mayom. Le parcours dépendra bien sûr du point de départ, de la durée possible et de ce que vous aurez convenu avec le conducteur du bateau.
Baan Silapin et ses environs sur la carte
Informations pratiques pour visiter Baan Silapin
La maison aux artistes est ouverte tous les jours de 10h à 18h et son accès est gratuit.
- Horaires : tous les jours de 10h à 18h.
- Tarif : entrée gratuite.
- Temps à prévoir : comptez environ une à deux heures pour découvrir la maison, profiter du café et vous promener dans le quartier de Khlong Bang Luang.
- Quand venir : l’endroit est plus tranquille en semaine, tandis que les weekends sont plus animés et davantage propices aux activités.
Comment se rendre à la maison aux artistes
L’ouverture du prolongement de la ligne bleue du MRT a largement simplifié l’accès à Baan Silapin. Il reste malgré tout possible d’arriver par les canaux, une façon plus originale de découvrir les lieux.
- En MRT : descendez à la station Bang Phai, sur la ligne bleue, et prenez la sortie 4. Comptez ensuite entre 10 et 15 minutes de marche en rejoignant la soi Phet Kasem 20, puis le Wat Kamphaeng Bang Chak. Vous pouvez également effectuer une partie du trajet en moto-taxi.
- En taxi ou avec Grab : indiquez comme destination Baan Silapin ou le Wat Kamphaeng Bang Chak. L’accès par la soi Phet Kasem 20 est aujourd’hui le plus simple pour rejoindre la maison.
- En bateau : aucune ligne publique ne dessert directement Baan Silapin, mais il est possible d’inclure cet arrêt dans une excursion privée en longtail boat sur les khlongs de Thonburi. Des bateaux peuvent notamment être loués depuis certains quais du Chao Phraya. Précisez bien que vous souhaitez vous arrêter à Baan Silapin ou Khlong Bang Luang et convenez du parcours et du tarif avant le départ, car de nombreux circuits se contentent de passer devant.
- En voiture : rejoignez la soi Phet Kasem 20 et garez-vous au Wat Kamphaeng Bang Chak, sachant que les places peuvent être limitées le weekend. Il est également possible de se garer au Wat Thong Sala Ngam, l’option que j’avais choisie lors de ma première visite.
Dormir près de The Artist’s House
La maison aux artistes ne propose pas d’hébergement en soi. Il est toutefois possible de dormir juste en face, au bord du canal, et de profiter de la quiétude du quartier. En journée, l’ambiance est un peu moins paisible en raison du passage régulier des bateaux.
Bangluang House
Note : 9,3/10
Budget : à partir de 48 €
Situé sur l’autre rive et accessible par le pont voisin, le Bangluang House permet de passer la nuit au plus près de Baan Silapin. L’établissement bénéficie d’une très bonne réputation et propose des chambres joliment décorées. Les studios les moins chers sont souvent complets, mais il reste également de vastes suites pouvant atteindre 65 m².
L’article vous a plu ? partagez sur Pinterest !

Avez-vous entendu parler de cet endroit ? Que pensez-vous de cette initiative ?



































