Parmi les millions de touristes parcourant la Thaïlande chaque année, très peu de personnes se rendent ici passer des vacances. Et pour cause, on est alors en pleine région du nord-est, plus communément appelé l’Issan (ou Isan pour les puristes).
Une région à l’écart de l’axe habituel nord-sud, délaissée en raison de son isolement géographique, mais qui peut intéresser les curieux et ceux qui reviennent en Thaïlande en quête de coins moins connus.
Habituellement, Nakhon Phanom sert surtout d’étape vers le Laos : de l’autre côté du Mékong se trouve Thakhek, une ville connue pour sa boucle à moto et ses grottes (qu’on venait justement de visiter).
Il y a pourtant de quoi faire avec quelques attractions locales dont les plus connues sont la maison d’Ho Chi Minh, qui a vécu quelque temps ici, et, dans une localité non loin, le temple et son chedi à That Phanom, l’un des plus sacrés du pays.
Aux portes du Laos… et du Vietnam !
Comme je l’évoque à l’instant, Nakhon Phanom fait face au Laos, pays désormais accessible via un « pont de l’amitié » thaï-lao (alors le troisième du genre permettant un passage vers le Laos par la route). Le seul hic, c’est que le pont est à une quinzaine de kilomètres du centre : il faut donc parcourir plus de 30 km pour rejoindre Thakhek depuis Nakhon Phanom.
Un peu frustrant quand on voit ces villes se faire face à seulement 1 km à vol d’oiseau. Auparavant le passage se faisait uniquement par bateau directement, il en reste ces bateaux qui font la traversée pour les Thaïlandais qui n’ont pas besoin de visa et profite du paysage sur l’eau.
À noter que Nakhon Phanom faisait partie autrefois du Laos (jusqu’à la fin du XIXe), il y a donc une culture commune que l’on retrouve dans tout le reste dans cette grande région notamment la langue régionale, l’Issan, un dialecte proche du Lao ou même les spécialités culinaires.
Nakhon Phanom a aussi connu une importante influence Vietnamienne lié à sa proximité avec ce pays. En effet, le Viêtnam à cet endroit précis n’est qu’à 150 km de là et beaucoup de Vietnamiens ont fui le pays pendant la période de l’Indochine française et pendant la guerre qui s’en est suivi jusqu’aux années 70.
Balade à vélo le long du Mékong
Globalement, c’est une ville plutôt agréable pour se promener à vélo le long de la rivière. C’est une ville qui incite à ralentir, siroter un verre et/ou manger à la terrasse d’un restaurant donnant sur les falaises karstiques du Laos.
C’est en tout cas dans ce cadre là qu’on a démarré notre visite de la petite ville, notre hôtel (le Khong Pu Mork) mettant à disposition des vélos pour se faire. Ce dernier est un peu excentré au nord, on a donc filé droit vers le sud en longeant la rive, passant vers quelques bâtiments notable.
Le premier qu’on croise est la Cathédrale St Anne, symbole évident du mélange culturel de cette province. Construite en 1926 par l’abbé Edouard Namlap, la version visible aujourd’hui est une reconstruction des années 70, ce qui lui donne un aspect très rigide, tout en béton, loin des styles auxquels on est habitué.
Depuis la route on ne le voyait pas mais il y a à côté une belle bâtisse de style coloniale datant de 1952 qui sert de mémorial au fondateur de cette édifice religieux.

Peu après, on passait devant le Nakhon Phanom Provincial Governor Residence Museum, qui, comme le nom l’indique, est l’ancienne résidence du gouverneur de la province maintenant converti en musée local. Cette maison fut aussi le lieu de résidence du roi et de la reine de Thaïlande lors d’un séjour à Nakhon Phanom en 1955.

Jusque-là, on bénéficiait d’une route bordée par de grands arbres faisant de l’ombre. Pour la suite c’est plus ouvert, mais ça permet d’avoir une belle vue dégagée sur le Mékong et les falaises aux profils irréguliers qui nous font face.
Au bout de 3 km, on arrive dans une zone où cette fois des maisons bordent directement le bord du fleuve. C’est là que se trouve l’horloge de la ville, appelé « Thai-Vietnamese Memorial Clock Tower« .
En soit, on n’y voit qu’une tour de béton assez quelconque mais pour la petite histoire (comme j’aime les histoires), cette dernière fut construite par la communauté Vietnamienne en 1960 afin de remercier les Thaïlandais de leur hospitalité, avant de partir défendre leur pays alors que la guerre du Viêtnam s’intensifiait.
On peut y voir autour quelques habitations à l’architecture résolument notable (pour moi en tout cas). C’est aussi à côté que démarre la Walking Street de Nakhon Phanom qui se déroule les weekends en soirée. Ça tombe bien, on était un dimanche !
Mais comme il était encore un peu tôt, on décidait de poursuivre la balade toujours plus au sud. On croise un petit sanctuaire chinois, le San Chao Pho Muen, imbriqué dans l’angle d’un temple bouddhiste (le Wat Okat).
Juste à côté du Wat Okat se trouve l’Indochina Market, véritable caverne d’Alibaba locale. On y trouve un peu de tout mais quand même beaucoup de produits chinois et notamment du matériel lié aux téléphones.

Ce jour-là, on poussera la balade 300 m plus loin jusqu’à atteindre une partie de la rive aménagé en escalier pour se poser face au Laos. La zone a changé depuis notre visite, appelé maintenant Phaya Sri Satta Nakarat Plaza, vous y verrez une statue fontaine en forme de naga (elle était en construction à ce moment-là).
Comme j’étais motivé, j’ai réussi à pousser Jitima à poursuivre 800 m plus loin, jusqu’à hauteur d’un des principaux temple de la ville, le Wat Mahathat Phra That Nakhon, au chedi caractéristique de la région. Mais pour le coup, on ne le visitait pas car il est similaire à celui qu’on se réservait pour le lendemain.
Walking Street Nakhon Phanom
Le Walking Street est un marché de rue qui s’articule autour de l’artère Fuang Nakhon, qui part perpendiculairement à la route longeant le Mékong, à hauteur de l’horloge de la ville.
Il a lieu les vendredi, samedi et dimanche de 17h à 22h.
On y retrouve l’ambiance typique des marchés de rue thaïlandais, avec les marchands ambulants proposant des plats préparés au fur et à mesure. C’était aussi l’occasion pour nous de nous « enfoncer » un peu en ville puisque jusqu’à présent on s’était contenter de rester sur les berges.
Comme on n’avait pas encore faim (assez rare pour être noté !), on est pas resté très longtemps, c’était plus histoire de voir l’un des lieux qui rythme la vie des habitants par ici. Mais si vous avez une petite faim, c’est évident un endroit adéquat pour tester la cuisine locale !
Le Wat Phra That Phanom
Il y a évidemment comme toujours des temples à visiter dans la région, le plus fameux d’entre eux étant le Wat Phra That Phanom. Mais attention au nom qui est trompeur, et je le dis d’autant que je me suis bien fait avoir !
Car celui-ci n’est pas situé à Nakhon Phanom même, comme j’aurais pu le penser, mais à 50km de là plus au sud ! Le nom Phanom faisant dans ce cas allusion à la province et non à la ville.

Heureusement qu’on était mobile puisque j’avais trouvé un scooter à louer pour explorer les environs; mais je m’attendais pas à devoir effectuer un aller-retour de 100 km sur une journée avec celui-ci… En deux roues comme ça, c’est un peu long… mais en même temps, je me voyais pas passer à côté car c’est un peu « l’immanquable » de la région.
Ce temple est connu dans toute la région mais aussi à travers tout le pays, car il fait parti d’une liste de 12 temples sacrés (Phra That) lié au zodiaque thaïlandais (les mêmes signes que dans l’astrologie chinoise). Le Phra That Phanom étant un lieu de pèlerinage pour ceux qui sont nés l’année du singe.
Sa pièce maîtresse est un stupa dépassant les 50 m de hauteur, à base carrée, dont l’architecture est devenue typique de la région. Il diffère clairement des habituels chedi en forme de cloche que l’on retrouve à travers tout le pays. Les traces d’une première construction à cet emplacement remontent au XIe siècle, mais le monument a subi plusieurs transformations, notamment durant la longue période de domination lao.
Sa forme actuelle mêle des influences dvaravati, khmères et cham. En mars 1975, un tremblement de terre fragilisa la structure, qui s’effondra finalement quelques mois plus tard, après plusieurs jours de fortes pluies. Le chedi fut ensuite reconstruit, les travaux s’achevant en 1979. Le périmètre autour du sanctuaire a alors été agrandi, portant la surface du site protégé à environ 4 hectares.
Mais l’essentiel à voir reste autour du chedi, dans l’espace délimité par le cloître, où l’on ressent l’essentiel de la ferveur des locaux. On y retrouve l’habituelle prière autour du chedi, les vœux marqués sur le tissu et les bâtiments annexes, tels que le viharn.
On y trouve assez pas mal d’arbres pour se poser à l’ombre, ce qui est toujours appréciable.
Petit détour par le Wat that Renu
Après cette visite, il nous fallait revenir à Nakhon Phanom. Plutôt que de tracer tout d’une traite, je décidais de faire un petit détour après avoir vu la promotion d’un autre temple à voir dans les parages.
Direction le Wat Phra That Renu, situé à une quinzaine de kilomètres du Wat Phra That Phanom. L’intérêt était surtout de voir son chedi, construit en 1918 sur le modèle de son célèbre voisin, mais en version réduite : il ne mesure « que » 35 mètres mais reprend en tout point la version existante avant la rénovation.

Le temple dans son ensemble fait plutôt moderne, comme le démontre son intérieur soft, dénué de peinture murale, avec une statue de bouddha « standard » sur l’autel au fond du viharn.
Ce n’est clairement pas un site qui justifie à lui seul de venir jusqu’ici, mais comme il se trouve à proximité de la route menant à That Phanom, le détour reste facile à intégrer (voir carte des points d’intérêts en fin d’article).
On a surtout profité de cet arrêt dans ce village pour manger un coup, voyant de quoi nous restaurer alors qu’on avait pas trouvé grand chose jusqu’alors (nous étions un jour férié donc pas mal de restau fermés).
Le village avait son charme d’ailleurs, avec son alignement de maisons dont les étages sont typiquement en bois.
Si vous faites comme les Thaïlandais visitant la région, vous pouvez compléter avec un autre temple du coin, le Phra That Uthen. Mais depuis Nakhon Phanom, ça faisait encore faire 30 bornes (cette fois au nord de la ville) et Tha Uthen ne sert en réalité que d’étape pour voir la véritable attraction, à l’écart de la ville : Tha Uthen Dinosaur Footprints.
On peut y voir là une série de traces de petits dinosaures bipèdes, visible sur 15 m et très bien conservée. Se rendre là rajoute encore 20 km depuis Tha Uthen, donc ce n’est pas un lieu où l’on y va délibérément mais plutôt en étant de passage en remontant le Mékong par le nord.

La maison d’Hô Chi Minh
De retour en ville, il nous restait un site « important » du coin à voir. Quand j’évoquais plus haut les réfugiés Vietnamiens fuyant le régime français de l’Indochine, parmi eux se trouvait un certain Nguyen Ái Quoc, vous l’aurez deviné, l’oncle Hô qui n’est autre que le futur Président de la République socialiste du Vietnam, Hô Chi Minh !
Situé à Ban Na Chok, village de l’amitié thaï-vietnamienne à 5 km du centre de Nakhon Phanom, il est aujourd’hui possible de visiter la maison d’Ho Chi Minh où il résida de 1924 à 1931. C’est d’ici qu’il planifia et organisa le mouvement de résistance qui allait mener à la révolution pour obtenir l’indépendance du Vietnam.

Le futur dirigeant était réputé pour vivre sobrement, il s’agit donc d’une simple maison en bois de plain-pied entouré d’un joli jardin incluant des palmiers à bétel, carambolier et des plantes à fleurs qu’il aurait plantés lui-même.
À l’intérieur, on peut y voir les outils et ustensiles utilisés par Hô Chi Minh dans sa vie quotidienne ainsi que son bureau et petite chambre qui avait la « coquetterie » d’être séparé par une cloison du reste de la pièce composant la maison.
La visite est gratuite car les lieux sont gérés par la collectivité Vietnamienne locale. Ils ont par ailleurs financés plus récemment un mémorial retraçant sa biographie, appelé « Hồ Chí Minh Museum », incluant une reproduction de la maison, pourtant situé à seulement 400 m de là.

Je vous recommande une fois dans le coin de prendre le temps de vous balader autour. Le cadre campagnard est sympa, on y croise de jolis maisons en bois sur pilotis, et vous pourrez voir des rizières (évidemment plus intéressant si elles sont remplies et vertes, à partir de juillet).
Observer l’activité sur le Mékong
En guise de conclusion à cette journée à Nakhon Phanom, je voulais rejoindre à nouveau les berges du Mékong pour y observer l’activité sur le fleuve.
Je me dirigeais donc vers le sud de la ville, jusqu’à l’hôtel Fortune River View Nakhon Phanom, où je trouvais l’accès que je cherchais pour descendre vraiment au bord du fleuve.
Malheureusement, à part quelques barques amarrées là, il n’y avait pas grand-chose à voir… Mais retrouver cet endroit en rédigeant la refonte de l’article m’a fait voir à quel point il avait changé ! Les berges ont fait place à une véritable route qui longe désormais le fleuve sur plusieurs kilomètres. Bon, au moins, ça fait aussi une sacrée piste cyclable qui suit le Mékong sur plus de 30 km !
Il faut dire que la Thaïlande aime bien « maîtriser » l’eau et tend à figer les berges pour limiter les effets de l’érosion. Les différences peuvent être importantes : à cet endroit, la berge a été repoussée d’environ 60 m, mais l’écart atteint parfois plusieurs centaines de mètres, jusqu’à 800 m par endroits !
Autre évolution visible dans la ville : en fin d’après-midi, on s’était rendu dans un restaurant dont je n’avais pas noté le nom, histoire de boire un coup avec vue sur le Mékong, près de notre hôtel. J’ai découvert depuis que l’établissement est devenu une maison d’hôtes.
On était alors à hauteur du quai où embarquaient les Thaïlandais pour traverser le Mékong. La vue sur le Laos était plus intéressante que depuis notre premier point d’observation, avec davantage d’activité puisque l’on voyait quelques pêcheurs à l’œuvre.
Comment se rendre à Nakhon Phanom ?
Nakhon Phanom se trouve au nord-est de l’Isan à plus de 700 km de Bangkok. La ville est donc assez éloignée de la capitale, mais elle reste facilement accessible par la route comme par les airs. Ça tombe bien, on a testé les deux options : le bus à l’aller, puis l’avion au retour.
Venir en bus
La gare routière de Nakhon Phanom se situe en bordure de la ville. Des bus desservent Bangkok ainsi que plusieurs villes de l’Isan. Depuis Bangkok, il faut compter autour de 12 heures de trajet selon le service choisi, avec des départs généralement programmés en fin de journée pour faire le trajet de nuit.
Nous avions choisi cette option à l’aller. Le trajet est long, mais le bus permet d’arriver directement à Nakhon Phanom et reste généralement le moyen le plus économique pour rejoindre la ville. Si vous partez de Bangkok, la plupart des bus partiront du terminal de Mo Chit et vous aurez plusieurs choix d’horaires et de type de bus proposés en fonction des compagnies.
En voici deux offrant un bon rapport qualité/prix, autour de 900 bahts :
- Nakhon Chai Air
- Cherdchai Tour
La compagnie la moins chère étant Transport Co mais il faut compter dans les 18h de trajet, ouch… pour économiser 200 bahts…
Pour connaître les horaires et les tarifs, vous pouvez vous rendre directement auprès de la gare routière ou via une plateforme de réservation comme 12Go. Par contre, vérifiez bien que la destination soit Nakhon Phanom et non That Phanom ou autre destination dans la province.
Venir en avion
Le maillage du réseau ferré étant un peu à la peine en Isan, la Thaïlande a compensé avec le transport aérien. Car bien que Nakhon Phanom compte un peu moins de 30 000 habitants, elle possède son propre aéroport, situé à quelques kilomètres à l’ouest du centre-ville.
On trouve ainsi des vols domestiques réguliers au départ de Don Mueang (DMK), qui relient Bangkok à Nakhon Phanom et permettent de réduire considérablement le temps de trajet : comptez un peu plus d’une heure de vol, pour un tarif variant selon la période et l’horaire mais généralement situé entre 1 200 et 2 000 bahts.
C’est l’option que nous avions retenue au retour, histoire de pas se retaper 12h de route. L’aéroport étant proche de la ville, le transfert jusqu’à votre hébergement reste assez simple. Prévoyez un taxi local ou demandez à votre hôtel s’il peut organiser la prise en charge.
Depuis le Laos
Si, comme nous, vous arrivez du Laos, le passage vers Thakhek s’effectue par le troisième pont de l’amitié, situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Nakhon Phanom. Un bus international relie la gare routière de Nakhon Phanom à celle de Thakhek et passe par les postes-frontières des deux pays. Il n’est pas possible de traverser le pont à pied.
Les horaires du bus et les formalités d’entrée au Laos sont à vérifier avant le départ, notamment selon votre nationalité. Cette liaison constitue en tout cas une option intéressante pour combiner Nakhon Phanom avec Thakhek, qui lui fait face de l’autre côté du Mékong.
Où dormir à Nakhon Phanom :
C’est au bout nord de la ville que nous séjournions, dans un hôtel faisant face au Mékong, le Khongpumork Hometel. Un hôtel plutôt familial malgré l’apparence du bâtiment. On y avait apprécié les grandes chambres propres avec cette vue sur la rivière et le Laos en face.
Seul petit bémol, il n’y avait pas grand chose niveau restaurants et vie locale autour donc heureusement qu’ils prêtaient des vélos. Après si vous êtes véhiculé, ça ne sera pas un problème. D’ailleurs, un autre hôtel que j’ai repéré, avec ce même inconvénient d’isolement mais cette fois en sortie de la ville au sud, étant le Siri Regent, qui semble une option moderne intéressante si avoir une piscine est important pour vous.
Si vous souhaitez comparer d’autres hébergements, vous pouvez consulter les disponibilités à Nakhon Phanom via cette recherche d’hôtels.
Pensez vous vous y arrêter si vous êtes de passage dans la région ? Connaissiez vous ce « petit bout de Vietnam » ?



















































