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Kudee Jin : le quartier sino-portugais méconnu de Bangkok

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Kudee Jin, que l’on prononce Koudi Tchinne en bon français (aussi orthographié Kudi Jin, Kudee Chin ou Kudi Jeen), est une communauté située sur la rive droite du Chao Phraya, dans le quartier de Bangkok dénommé Thonburi.

Ce genre d’article veut illustrer qu’en dehors des principaux sites de visites incontournables, il y a beaucoup à apprendre sur l’histoire de la ville et ces différentes communautés qui la composent, et que, pour ceux qui n’aime pas les grandes villes, Bangkok ce n’est pas que des grands magasins, des bouchons et du bruit.

Le mot Jin étant une prononciation à la Thaïlandaise qui désigne les Chinois, le nom de cette communauté serait une référence à l’église portugaise construite par les Chinois dans ce quartier bordant le Chao Phraya, côté Thonburi, selon les versions, ce nom viendrait aussi simplement de la présence d’une communauté chinoise qui s’était installée dans cette partie de la ville.

Kudee Jin, c’est la perspective d’une belle balade qu’il est possible de faire dans ce petit coin de Bangkok, très très peu visité, car il faut être un minimum connaisseur et curieux, peu de gens s’aventurant côté Thonburi de manière générale, et pourtant, il n’y certainement pas que le Wat Arun, temple que l’on ne présente plus et qui se trouve lui aussi de ce côté-ci de la rivière (je ne manquerai pas de faire un récapitulatif sur Thonburi un de ces jours).

Petit tour d’horizon de ce vestige d’un ancien royaume !

Un peu d’histoire : les origines de Kudee Jin

Ancien royaume ? Oui, car avant de s’installer sur la partie aujourd’hui connue comme l’île de Rattanakosin, incluant tous les principaux sites comme le Grand Palais et le Wat Pho, Thonburi, fut juste avant capitale d’un royaume éphémère, le royaume de Thonburi; sous le règne du général qui devint roi, Taksin le Grand.

Carte illustrée des quartiers portugais et français d’Ayutthaya
Carte montrant Kudee Jin et les quartiers avoisinant.

On remarque alors que l’équivalent de l’île de Rattanakosin, où se trouvent désormais le Grand Palais et le Wat Pho notamment était alors désigné comme le quartier français !

À cette époque, les Birmans venaient de mettre à sac Ayutthaya (en 1767), détruisant et brûlant tout au point que la cité était devenue un champ de ruines, trop compliquée à reconstruire.

Après avoir finalement repoussé ces envahisseurs à peine un an plus tard, ceci, grâce en partie avec l’aide des portugais, déjà présents à Ayutthaya et ayant un accord commercial incluant notamment l’apport d’armes et munitions européennes, Taksin fondait sa nouvelle capitale 60 km plus au sud, sur les rives du Chao Phraya, côté ouest.

Bateaux sur le fleuve devant temples et gratte-ciel à Bangkok

Il a accordé des terres à l’embouchure sud du canal de Bangkok Yai (qui était autrefois le cours d’eau naturel de la rivière) aux populations qui ont pris part à l’effort de guerre.

Parmi eux se trouvaient des Lao, Khmer, Chinois et Portugais. Ce méli-mélo de religions et cultures multi-ethniques a constitué la base du caractère distinctif de cette communauté au bord de la rivière, aujourd’hui connue sous le nom Kudee Jin.

Cette communauté est un très bon exemple du savoir-vivre ensemble, puisqu’ils vivent en paix depuis des siècles, alors qu’on trouve à quelques mètres des uns des autres un temple bouddhiste, sanctuaire chinois, église catholique et également une mosquée.

 

Arrivé à la fin du royaume de Thonburi (après seulement 15 ans), cette partie de la ville était devenue une zone résidentielle de gens haut placés et des bureaucrates, principalement des Chinois et surtout des Portugais.

Vue aérienne du fleuve Chao Phraya et temples de Bangkok
En 1977, le cimetière de Kudee Jin était encore visible (devenu l’école catholique Santa Cruz Suksa School, attenante à l’église).

La balade à pied dans Kudee Jin

1. Wat Kalayanamitr

wat kalayanamitr- bangkok

Ce grand temple royal de second rang a été construit vers 1825, après qu’un terrain bordant la rivière fut donné par le fils d’un noble, un proche du roi Rama III.

Ce noble, descendant de la famille dont le nom était justement Kalayanamitr (ce mot signifiant « bon ami »), a voulu dédier ce terrain à la construction d’un temple, à la gloire de Rama III, dont celui-ci le nomma Wat Kalayanamitr, en remerciement du dévouement de son ami.

La proximité avec la communauté Chinoise présente à Kudee Jin a influencé l’architecture du temple. Bien que le wiharn principale du temple (lieu de prière abritant la principale image de Bouddha) est construit dans un style traditionnel thaïlandais, les bâtiments voisins tels que l’ubosot (salle d’ordination), sont typiquement d’influence chinoise en terme d’architectures et de décorations.

 

wat kalayanamitr- bangkok
Le Bouddha en impose par sa taille (voir la dame en bas à gauche).

wat kalayanamitr- bangkok

Çà et là, on retrouve des références directes, comme l’encens utilisé, les statues de guerriers chinois, et même la statue de Bouddha situé en ces lieux. La statue en question, présente dans le haut wiharn, mesure 15 m de haut pour 12 de large et recouverte de feuilles d’or.

Les Thais connaissent cette statue sous le nom de Luang Pho To, dénommé Sam Po Kong par les Chinois, ces derniers respectent beaucoup cette image, dont la croyance veut qu’en l’adorant, on peut s’attirer une bonne compagnie et voyager en toute sécurité.

On peut aussi y voir des peintures murales représentant la vie de l’histoire de Lord Bouddha (Gautama Sidartha) et les façons dont les gens vivaient sous le règne du roi Rama III.

On y trouve aussi sur le côté la plus grosse cloche de Thaïlande et le temple abrite l’une des plus grosses librairies bouddhistes de la ville.

En bref, à l’instar de son presque voisin temple du Wat Arun, celui-ci possède un cachet indéniable, mais sans le monde et avec cette sorte de zénitude qui y règne autour.

2. Sanctuaire chinois de Kian An Keng

kian an keng - kudee jin - bangkok

L’une des explications sur l’origine du nom viendrait, je le disais plus haut, du fait qu’une majorité de ses habitants au cours de la période de Thonburi étaient des Hokkiens (Chinois provenant de la province du Fujian).

On y trouve donc un sanctuaire Chinois, qui est géré par une famille, génération après génération. Il y aurait eu 2 sanctuaires à l’origine, Cho Sue Kong et Kuan U, construits par les commerçants Chinois qui ont suivi le nouveau roi Taksin à Thonburi.

Sous le règne du roi Rama I, au tout début de l’ère Rattanakosin, la plupart des résidents se déplacèrent vers le nouveau Chinatown, situé vers la Soi Sampheng. Les deux sanctuaires ont alors été laissés à l’abandon, jusqu’à ce qu’un autre groupe de Chinois Hokkien décide de démolir et de fusionner les 2 sites pour en faire un seul lieu de culte.

Une image de la déesse de la miséricorde, Kuan Im a été installée à l’intérieur à la place des anciennes statues et le site a été par la suite renommé sanctuaire de Kian An Keng (aussi orthographié Kian Un Keng).

3. La maison de Louis Windsor

Maison traditionnelle en bois derrière un terrain envahi d’herbes

En longeant le Chao Phraya pour rejoindre la place de l’église, on tombe sur une belle bâtisse en bois, appelée « la maison de Windsor ».

On parle là de Louis Windsor, un riche marchand Britannique, lui-même fils d’un capitaine de la marine qui s’est établi dans le royaume du Siam avant le milieu du XIX siècle.

En tant que personne de la classe aisée, il s’est construit cette belle demeure suite à son mariage avec la fille d’un riche marchand local, sur les bords du Chao Phraya. Tout en bois de teck, elle affiche un style apprécié à l’époque, appelé « maison pain d’épice » (Gingerbread House), popularisé par les contes des frères Grimm.

À son époque, cette maison était connue comme la « maison bleue », autant dire qu’elle a perdue de sa superbe, faute d’entretien depuis des décennies.

Construite sous le règne du roi Mongkut (Rama IV, 1851-1868), la maison résiste tant bien que mal depuis au moins 160 ans ! Le paradoxe, c’est qu’il y avait à l’origine deux maisons, dont une en brique et ciment. Cette dernière a fini par s’effondrer et être emportée par une crue.

quartier kudee jin - bangkok

La dernière propriétaire rêvait de la rénover pour qu’elle perdure comme « trésor national ». Même en quelques années, j’ai vu son état se dégrader. La maison a servi d’entrepôt pendant un moment et hébergeait un temps des sans-abri (ce qui m’a permis d’avoir un aperçu de l’intérieur un jour).

Pour autant, tout n’est pas complètement perdu car, lors d’un passage plus récent, j’ai vu qu’un financement a permis de rehausser la maison sur pilotis pour la mettre hors d’eau, protégeant ainsi l’édifice de patauger régulièrement dans l’eau.

4. L’église Santa Cruz

église santa cruz - kudee jin bangkok
L’actuelle version de l’église Santa Cruz.

À la chute d’Ayutthaya, les Portugais de la vieille capitale s’étaient installé près du nouveau palais du roi Taksin (situé à côté de l’actuel Wat Arun, qui était alors le temple royal). En reconnaissance de leurs services, le roi Taksin a accordé aux Portugais une parcelle de terrain afin d’y construire une église.

Un décret fut officialisé le 14 septembre 1769, au cours de sa visite royale dans ce village. Parce que cette date coïncidait avec la fête catholique du triomphe de la Sainte-Croix, l’église fut nommée Santa Cruz (Sainte-Croix).

Église néoclassique avec clocher rose et palmiers

La première version était une structure tout en bois, achevée le 25 mai 1770, en faisant l’un des édifices religieux les plus vieux à Bangkok encore en activité !! Par comparaison, le Wat Phra Kaew, dans l’enceinte du Grand Palais, ne date « que » de 1782 !

Malgré son activité ininterrompue, l’église en bois va peu à peu tomber dans un état de délabrement. En 1835 était alors construit une deuxième église pour remplacer l’originale. C’est à cette époque, en raison de l’influence architecturale chinoise de l’église rénovée, et de la main d’œuvre, principalement de la communauté chinoise voisine, que les gens l’auraient surnommé Kudee Jin ou « église chinoise ».

Maisons au bord d’un canal, clocher d’église en arrière-plan

C’est pourquoi l’église de Santa Cruz est aussi parfois dénommée Wat Kudi Jeen. Entre-temps, 2 écoles catholiques ont fait leur apparition autour de l’édifice religieux.

Dès 1913, la deuxième version était déjà en mauvais état, la troisième et actuelle version de l’église Santa Cruz fut alors construite sous le règne du roi Rama VI (1910-1925) et complété en 1916.

Cette version a été conçue par les deux célèbres architectes italiens Annibale Rigotti et Mario Tamagno. Ces 2 architectes étaient alors en contrat avec le gouvernement siamois et sont à l’origine de plusieurs édifices connus dans la capitale, pour ne citer que ceux-là, la gare de Hua Lamphong, le Ananta Samakhom Throne Hall, l’hôtel du gouvernement (équivalent de Matignon en France).

En revanche, à l’instar de nos églises, qui restent généralement ouvertes à tous toute la journée, cette dernière s’avère fermée, sauf quand une messe ou un mariage est célébré, évidemment. Je n’ai donc pu y accéder qu’à deux reprises… une fois alors qu’un mariage avait lieu, et une deuxième fois, c’était pour le coup une sorte de journée portes ouvertes.

Donc, non seulement j’ai accédé à l’intérieur de l’église, mais j’avais pu aussi monter dans son clocher ! Découvrant au passage son carillon « made in France », cocorico.

5. Les ruelles de Kudee Jin

Son charme réside dans son ensemble de petites rues, tout juste assez large pour les petites motos des habitants du coin. C’est un véritable petit labyrinthe, entouré par de vieilles maisons en bois, dont certaines sont un héritage rare de cette époque, la plupart des vieilles bâtisses ayant tendance à disparaître à Bangkok (le meilleur exemple étant celles derrière le fort Mahakan).

On y découvre un endroit calme, avec des touches subtiles d’un quartier résolument différent des autres amas d’habitations qu’on pourrait croiser à Bangkok. On croise çà et là des devantures de portes à la gloire de Jésus et plusieurs indices qui rappels qu’on est dans un quartier majoritairement catholique (c’est encore plus flagrant dans la période autour de Noël).

Avec le temps, le quartier s’est légèrement ouvert au tourisme. Je dis légèrement, car le manque de place évident lié aux rues étroites, empêche les cafés et restaurants de dominer les lieux, et c’est tant mieux. On trouve de quoi se désaltérer et manger un peu, mais juste ce qu’il faut pour éviter de faire saturer Kudee Jin.

On trouve aussi quelques œuvres d’art de rues égayant des pans de mur mais on est loin de la chasse aux peintures murales à la Talat Noï par exemple. Le tout donne une impression d’autre « part », d’un lieu un peu hors du temps et limite hors de Bangkok même.

Les rencontres à Kudee Jin

En me baladant à Kudee Jin, je suis tombé plusieurs fois sur un artiste local. La première fois, il était tranquillement installé sur sa chaise longue en train de peindre un portrait de la vierge Marie, un exemple concret de descendant de ces immigrés Portugais, resté catholique.

quartier kudee jin - bangkok

Quelques années plus tard, je retombai sur ce même monsieur, la barbe plus longue. C’était une zone différente de Kudee Jin mais il était à nouveau en train de dessiner. Cette fois, il s’appuyait sur la photo d’un couple, semblant réaliser une commande.

Il tint à me montrer au passage, alors que je demandais l’autorisation de faire quelques photos, son « piano maison », tout en bois, qu’il avait réalisé auparavant.

Une autre rencontre à Kudee Jin est liée à l’arrêt que je marque tout le temps au musée dont je parle plus bas. À la base, je m’y arrête pour faire une pause et grignoter quelque chose, puisque le rez-de-chaussée fait office de café.

À force de m’y rendre, la dame, propriétaire des lieux, finit par me reconnaître et c’est ainsi que, lors d’un énième passage dans son établissement, cette dernière m’invita à faire un tour dans le jardin de sa propriété, situé juste en face du musée.

L’occasion s’est présentée alors qu’elle accueillait de la famille pour un événement. Un bel espace incluant plusieurs maisons, où se regroupent typiquement plusieurs générations dans chacune d’elles. Je fus alors surpris de découvrir sa passion … les reptiles !

Sous ses « airs » de petite dame d’un certain âge, elle abrite plusieurs vivariums avec des serpents (j’ai surtout vu des petits pythons).

Khanom farang Kudee Jin

Biscuits en forme d’ours emballés dans des sachets transparents

Dans la zone autour de l’église de Santa Cruz, les immigrants portugais partageaient ces terres avec les chinois, dont il en est resté cette habitude culinaire, en particulier leur goût pour les gâteaux et pâtisseries.

Cette histoire a donnée naissance il y a environ 250 ans à un dessert unique, né de ce métissage culturel : Khanom Kudee Jin (littéralement le « gâteau étranger du quartier de Kudee Jin »), basé sur un gâteau type génoise portugaise, adaptée avec des ingrédients locaux et agrémentée de garnitures symboliques chinoises.

quartier kudee jin - bangkok

En effet, comme les habitants ne disposaient pas des ingrédients européens habituels comme la levure, le lait ou le beurre, ils ont alors imaginé cette recette simplifié, qui contient des œufs de canard, du sucre et de la farine de blé.

Sur le gâteau est ajouté des grains de raisins secs, mais on en trouve aussi avec du melon, du jujube (une sorte de datte chinoise) ou de la pomme.

On peut donc trouver dans ce quartier plusieurs boutiques fabriquant et proposant toujours cette pâtisserie. L’une d’elle en fabrique mais ne vends pas sur place tandis qu’une autre, Thanusingha est ouverte comme un petit café et vends aussi ses gâteaux à l’unité.

6. Baan Kudichin Museum

quartier kudee jin - bangkok
Entrée du petit musée et son café.

Si vous passez juste devant la petite boulangerie locale, vous devriez tomber, peu après, sur l’entrée d’une maison indiquant « Baan Kudee Jin Museum ».

Cette maison, construite il y a 80 ans pendant le règne du roi Rama VII, appartenait à la tante de la dame gérant le site. Plutôt que de laisser la maison vide suite au décès de son oncle et de sa tante, elle initia cette transformation avec l’appui de son cousin qui, bien qu’ayant quitté la demeure parentale, y resta attaché et ne voulait pas vendre à n’importe qui.

C’est devenu à la fois un petit café, avec des boissons et de quoi grignoter, au rez-de-chaussée, tandis que les étages abritent un petit musée relatant les relations entre la Thaïlande et les Portugais, premiers Européens à débarquer dans le royaume dès 1511.

La visite du musée est gratuite et fonctionne uniquement grâce aux dons. C’est pour ça qu’il est de bon ton de prendre quelque chose au café avant de visiter les étages, sachant qu’il est ouvert tous les jours, sauf les lundis.

Au premier étage, vous verrez des meubles à chaussures ; n’oublions pas que nous sommes en Thaïlande, il est donc nécessaire de se déchausser avant de se rendre à l’intérieur. On peut alors y voir des panneaux explicatifs, notamment un expliquant ce que les Portugais ont apporté comme épices et produits au Siam, résultant des précédentes explorations en Amérique du Sud.

Il est amusant de constater que parmi ces ingrédients, on en retrouve un qui allait changer les saveurs thaïlandaises pour toujours : le piment !

À l’étage supérieur, on change d’ambiance : on n’est plus dans une salle type « musée », mais dans une maison. Dans un premier temps, on croise des vitrines exposant notamment des livres et des pièces de monnaie anciennes. Au-dessus se trouvent d’autres explications, notamment sur l’évolution du quartier et de ses canaux, qui autrefois séparaient le coin en plusieurs petites « îles ».

Carte historique des origines du quartier Kudichin à Bangkok
Carte historique de Kudichin près du fleuve Chao Phraya
Carte historique de Kudichin près du fleuve Chao Phraya

On trouve ensuite un coin chambre, avec divers objets, notamment religieux, et des photos d’époque. À côté, on passe dans la partie « salle à manger », avec du coup divers objets liés à la cuisine et une table présentant des plats d’origine portugaise qu’on retrouve encore aujourd’hui dans la cuisine thaïlandaise.

Avant de redescendre vers vos chaussures puis le café, je vous invite à être curieux et sortir par la porte que vous verrez au pied des escaliers. Des claquettes sont à dispositions pour éviter de se brûler les pieds dehors (les chaudes journées d’été notamment) alors que vous verrez un escalier en métal de quelques marches donnant sur une plateforme couverte.

Vous aurez alors une vue couvrant une bonne partie de Kudee Jin, avec la maison de Windsor visible et le toit d’une maison à la thaïlandaise qui se trouve face à la boulangerie. On aperçoit le Chao Phraya, l’église Santa Cruz d’un côté ainsi que le Wat Kalayanamitr de l’autre, ce serait dommage de passer à côté.

Maisons traditionnelles aux toits variés face à la ville
Toits urbains près d’un fleuve sous ciel nuageux
Toits urbains, église et gratte-ciels sous ciel nuageux

Pour l’anecdote, de retour à l’étage où vous aurez laissé vos chaussures, se trouve un épais carnet que beaucoup prennent à tort comme un livre d’or… Il s’agit en réalité d’un registre : alors que vous verrez des numéros sur une grande photo au-dessus, prise devant l’église dans les années 50, ces numéros se retrouvent sur les différentes pages. Le but étant que si une personne de passage reconnaît un proche sur cette photo, elle puisse alors indiquer les informations dont elle dispose.

→ l’histoire du musée et infos sur leur site (en anglais) : https://baankudichinmuseum.com/

7. Wat Prayurawongsawas Worawihan

wat prayoon - bangkok

Souvent surnommé le Wat Prayoon, ce temple du XIXe siècle est situé sur la partie sud de la communauté, à côté du pont Saphan Phut (Memorial Bridge). Le temple peut aussi valoir le coup d’oeil si vous vous baladez vers Kudee Jin. Il se démarque notamment par deux points, son grand chedi blanc (recouvert de chaux), et son petit bassin aux tortues, idéal pour un moment en famille.

Construit pendant le règne de Rama III, on peut se rapprocher du chedi de ce temple qui possède une particularité. On trouve à sa base une sorte de cloître dont les parois permettent d’accueillir des urnes funéraires.

Pour y accéder, on peut alors traverser une salle climatisée où sont exposés une collection de statues et amulettes de bouddhas de toutes les positions, aux matériaux et époques variées. La pièce centrale étant une statue du XIIIe en pierre, avec un naga protecteur.

Vers le milieu de la cour, un escalier permet de monter jusqu’à une plateforme supérieure avec une vue sur les autres bâtiments composant le temple ainsi qu’une vue partielle sur les tours de Bangkok qui dépassent.

cour chedi wat prayoon bangkok

Temple bouddhiste thaïlandais devant gratte-ciel de Bangkok

Le point d’orgue ici, et suffisamment rare pour être souligné, est qu’on peut accéder à l’intérieur même du chedi. En effet, alors que l’édifice menaçait de s’écrouler, d’importants travaux de rénovation ont alors été effectués. Ces derniers ont permis de récupérer des reliques et statues entreposés en son sein, certaines s’étaient alors retrouvées sous des gravas, car plusieurs poutres avaient cédé (des photos à l’intérieur montrent un avant/après).

La structure stabilisée et renforcée a alors été depuis ouverte au public. On peut admirer le travail de sauvegarde, et quelques statues de Bouddha disposées autour de la colonne centrale. On remarque alors des feuilles d’or collées sur cette dernière, alors que les carrés de feuille d’or sont à disposition librement sur le côté, pour qui veut participer avec un don et prière.

Attention, pour y accéder, le petit couloir est étroit, et théoriquement, vous devez ressortir par l’autre côté, ce qui s’avère un passage encore plus étroit qui demande tout simplement à sortir à quatre pattes !

Si vous vous dirigez ensuite vers la sortie principale, vous verrez sur le côté l’entrée indiquée par une porte rouge, menant au bassin aux tortues. Ce dernier est reconnaissable à son petit jardin l’entourant et surtout à la « montagne » qui surplombe le point d’eau.

La légende voudrait que ce design atypique soit le résultat d’une nuit de songe du souverain, qui se réveilla en regardant une bougie fondue, donnant cet aspect particulier au monticule qui nous fait face. Je disais plus haut que c’est un moment agréable en famille, car les visiteurs peuvent nourrir les nombreuses tortues qui se partagent ce bassin avec les poissons.

wat prayoon - bangkok

wat prayoon - bangkok

Pour prolonger la balade

Voici quelques suggestions de sites qui complètent très bien la visite de Kudee Jin.

Wat Arun avant de rejoindre Kudee Jin

escaliers wat arun bangkok

Situé sur la même rive, l’iconique « temple de l’aube » (ou plutôt de l’aurore si on respecte son étymologie) peut servir de mise en bouche avant de rejoindre le quartier de Kudee Jin.

Le trajet entre le Wat Arun et le Wat Kalayanamitr n’est que d’un kilomètre, et vous pouvez longer une ruelle passant à côté du pont plutôt qu’emprunter la rampe de ce dernier, c’est plus calme et permet de voir la vie locale, avec parfois des jeunes qui font du sport dans les espaces aménagés sous le pont. Le Anuthin Sawad bridge, son petit nom, se traverse alors à hauteur du canal puisqu’un escalier permet de rejoindre le haut.

wat kalayanamitr- bangkok
Le Wat Kalayanamitr vu depuis le pont entre le Wat Arun et Kudee Jin.

Memorial bridge et Marché aux fleurs

Dans la foulée du Wat Prayoon, pour terminer la boucle en revenant sur l’autre rive, vous pouvez emprunter le Phra Puttha Yodfa, nommé d’après le premier souverain de la dynastie (Rama I). Plus largement raccourci en thaï à Saphan Phut, et communément appelé Memorial Bridge en anglais, c’est le plus vieux pont routier de Thaïlande, inauguré en 1932 pour commémorer les 150 ans de la fondation de Bangkok.

C’était à l’origine un pont à bascule, mais le mécanisme n’est plus utilisé depuis la rénovation de 1986. De par sa proximité avec le marché aux fleurs, c’est devenu ces dernières années un spot privilégié pour les étudiants des universités alentours de venir faire des photos, bouquets à la main, pour marquer la réussite d’un diplôme ou le passage d’un semestre.

De l’autre côté du pont, vous pouvez soit rejoindre la rive du Chao Phraya via un escalier, soit longer la route jusqu’au bout et vous arrivez alors direct dans la rue principale du marché aux fleurs. En plus de l’animation le long de cette artère vivante pratiquement nuit et jour, je vous invite à regarder l’architecture des bâtiments, rappel du Bangkok du siècle dernier.

Museum Siam au retour

Avant de quitter les parages, vous pouvez visiter le Museum Siam, situé juste à côté d’une entrée/sortie de métro. Situé dans un bâtiment du XIXe siècle, ce musée moderne accueille des expositions variant selon la période ainsi que des programmes interactifs dédiés à l’histoire du pays.

→ le musée est ouvert tous les jours de 10h à 18h et ne coûte que 100 bahts

FAQ et infos pratiques

Combien de temps prévoir sur place ?

Pour une petite balade classique incluant un arrêt au musée Baan Kudee Jin, je dirais comptez au moins 1h. Si vous aimez vraiment traîner, faire des photos et faites l’extension jusqu’à la mosquée Bang Luang.

Où manger à Kudee Jin ?

Comme je l’ai évoqué dans mon article, c’est pas blindé de restaurants dans le quartier même. Pour du grignotage, vous avez le bien sûr café du musée Baan Kudee Jin mais je retiens 3 endroits (j’en ai testé que deux) :

  • CAF KUDEEJEEN, le choix est limité mais ça dépanne, joliment présenté et il a vue sur la rivière.
  • Helo Nomsod, parfait si vous aimez manger local, situé dans une petite maison proche de l’église, c’est familial et original
  • Grandma’s (Thai/Portuguese home food), le seul non testé mais dont les avis sont unanimes, si vous voulez goûter des plats mélangeant les saveurs portugaises et thaïlandaises
Nouilles de riz sur plateau bleu avec sauce jaune
Repas léger au CAF KUDEEJEEN.

Dormir à Kudee Jin

Le choix est plus que limité…. car à ce jour, il n’y a que le HOG, implanté en bordure du quartier. Il reste très bien situé, à mi chemin entre le Wat Kalayanamit et le Wat Prayoon.

→ THE HOG : voir les disponibilités et tarifs

Comment venir et repartir

Le bac qui faisait la traversée entre le Yopdiman et le Wat Kalayanamit n’a jamais été remis en service. Du coup, le quartier n’est accessible qu’à pied pour l’instant.

Comme je l’évoque à peine plus haut, il est facile de rejoindre le Wat Kalayanamit depuis le Wat Arun, vous aurez alors environ 1 km de marche. L’autre accès se faisant depuis le marché aux fleurs, vous pouvez traverser à pied le Memorial Bridge qui traverse le Chao Phraya et rejoint la partie sud de Kudee Jin au niveau du Wat Prayoon.

Pour rejoindre la zone, la station de métro Sanam Chai permet de sortir au bout du marché aux fleurs.

chao phraya yopdiman memorial bridge
Vue sur le Chao Phraya, le Memorial Bridge et le Yopdiman, en bas à gauche de la photo.

Ce qui m’a aidé

Parce qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, voici mes sources (anglophones) qui m’ont servi pour la rédaction de cet article :

Sur l’église Santa Cruz et Kudee Jin :

Sur les pâtisseries :

Sur le temple Wat Kalayanamit :

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pinterest Quartier Kudee Jin Bangkok

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