Photo d’en-tête : SHori, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Le café reste ma boisson de cœur et semble également séduire de plus en plus de Japonais. Cela ne m’empêche pas de m’intéresser au thé, et encore moins d’apprécier les paysages verdoyants de ses plantations.
Au Japon, cette boisson demeure profondément ancrée dans les habitudes et les traditions : au quotidien, on consomme surtout du thé vert infusé, tandis que le matcha est étroitement associé au chadō (« la voie du thé »), la célèbre cérémonie du thé.
Que vous soyez un amateur de thé ou si, comme moi, vous appréciez simplement ces décors aux arbustes parfaitement alignés, plusieurs grandes régions productrices peuvent facilement s’intégrer à un itinéraire classique : Wazuka depuis Nara, Uji depuis Kyoto, Shizuoka entre Tokyo et le Kansai, ou Kagoshima lors d’un séjour dans le sud de Kyushu.
Chacune présente un visage différent de cette culture, avec ses propres variétés et méthodes de production.
Le thé japonais ne se limite pas au matcha
Si, comme moi avant de m’y intéresser, vous associez surtout le Japon au matcha, sachez que le thé japonais recouvre en réalité des préparations très différentes.
On peut notamment distinguer :
- Le sencha, obtenu à partir de feuilles passées à la vapeur puis roulées, qui reste le thé vert le plus courant.
- Le gyokuro, produit à partir de théiers ombragés avant la récolte.
- Le hōjicha, qui se distingue par la torréfaction de ses feuilles.
- Le genmaicha, mélange de thé vert et de riz grillé.
- Enfin, le matcha, une poudre très fine obtenue en broyant du tencha, lui-même produit à partir de théiers cultivés à l’ombre.
Une même région peut donc produire plusieurs styles de thé. Si le sujet vous intéresse, Wikipédia propose une page listant les différents thé japonais, permettant d’identifier les principales appellations avant de les goûter sur place.

Le chadō : quand le thé devient un rituel
Je ne me voyais pas aborder un article centré sur le thé au Japon sans évoquer plus en détail le chadō (également désigné par les termes sadō ou chanoyu), qui occupe une place culturelle importante.
Signifiant littéralement « la voie du thé », cette pratique repose généralement sur la préparation du matcha : l’hôte dose la poudre, ajoute l’eau chaude et fouette le mélange devant ses invités selon une succession précise de gestes.

Mais le chadō va bien au-delà de ce seul protocole : le bol, les ustensiles, la calligraphie, les fleurs et les pâtisseries qui l’accompagnent participent également à l’expérience. Notez qu’on distingue notamment le chakai, une réunion plus courte et généralement informelle, du chaji, une rencontre plus complète et plus codifiée.
Au XVIe siècle, le maître de thé Sen no Rikyū a largement contribué à perfectionner ce cérémonial et à en faire une pratique à la fois esthétique, spirituelle et sociale. L’école Urasenke en résume l’esprit autour de quatre principes : harmonie, respect, pureté et tranquillité.
Kyoto est particulièrement liée à cette tradition et propose de nombreuses cérémonies et initiations. Cette expérience complète parfaitement la visite d’une plantation : la première permet de découvrir les gestes et la relation entre l’hôte et ses invités, tandis que la seconde aide à comprendre le terroir et la production.

Uji et Wazuka : la région du thé à découvrir depuis Kyoto
Pour un premier voyage entre Kyoto, Osaka et Nara, le sud de la préfecture de Kyoto est le choix le plus simple. Uji est facilement accessible en train depuis Kyoto. La ville associe maisons de thé, ateliers de préparation, boutiques spécialisées et sites historiques comme le Byodo-in. C’est une bonne introduction à la culture du thé, mais le paysage y reste plus urbain qu’à Wazuka.
Situé plus à l’est, Wazuka permet de voir de belles plantations au milieu des montagnes. Les rangées de théiers suivent les pentes autour des habitations et composent un paysage agricole encore très actif. Lors de mon passage dans le village, j’avais choisi de l’explorer à vélo : une formule bien adaptée pour rejoindre plusieurs secteurs de culture et prendre le temps de s’arrêter.
→ Je détaille cette journée dans mon article consacré à une balade à vélo dans les plantations de thé de Wazuka.
Wazuka demande davantage d’organisation qu’Uji. Les dessertes étant limitées, il faut rejoindre la gare de Kamo, puis poursuivre en bus ou en taxi. Les plantations étant privées, il faut rester sur les routes et chemins publics sinon passer par une visite guidée pour entrer dans une exploitation.
Shizuoka : des plantations de thé sur la route de Tokyo à Kyoto
Shizuoka constitue l’étape la plus facile à intégrer à un trajet entre Tokyo et Kyoto. La préfecture s’étend au pied du mont Fuji, le long de la ligne du Tokaido, et ses plantations occupent aussi bien des plateaux que des versants montagneux. Par temps clair, certains secteurs permettent d’associer les rangées de théiers à la silhouette du volcan, mais cette vue dépend évidemment de la météo.
La région convient particulièrement aux voyageurs qui souhaitent comprendre la production à plus grande échelle. Le musée du thé de Shizuoka, à Shimada, retrace l’histoire de la boisson, présente ses méthodes de transformation et possède un jardin ainsi qu’une maison de thé.

Autour de Shizuoka, les secteurs de Nihondaira, Makinohara ou de la vallée de l’Oi offrent d’autres possibilités de visites, de dégustations et, selon la saison, de cueillette.
Une simple halte permet de découvrir un musée ou une maison de thé, mais une nuit sur place donne davantage de liberté pour rejoindre une exploitation située hors des grands axes.
Shizuoka ne doit donc pas être considérée uniquement comme un arrêt technique entre deux villes : la préfecture peut facilement occuper une journée complète, surtout si le voyage comprend déjà le mont Fuji ou la péninsule d’Izu.

Kagoshima et Chiran : le thé du sud de Kyushu
Kagoshima n’a de sens que dans le cadre d’un voyage à Kyushu. Depuis Tokyo ou Kyoto, le détour serait considérable pour une seule visite consacrée au thé. En revanche, la région s’intègre bien à un itinéraire comprenant la ville de Kagoshima, le volcan Sakurajima, Chiran et éventuellement les sources chaudes d’Ibusuki.
Le climat plus chaud permet d’y récolter les premiers thés nouveaux de l’année plus tôt que dans le centre du Japon. Les zones de Chiran, Kirishima et Shibushi comptent parmi les principaux secteurs producteurs de la préfecture. À Chiran, les plantations peuvent être associées à la visite de l’ancien quartier de résidences de samouraïs. Cette combinaison donne à l’étape un intérêt plus large qu’une simple dégustation.
Les distances et la faible fréquence de certains transports rendent la voiture particulièrement pratique pour explorer les zones rurales de Kagoshima. Cette région s’adresse donc moins au voyageur qui effectue son premier circuit Tokyo–Kyoto qu’à celui qui consacre plusieurs jours au sud de Kyushu.

Quelle région de thé choisir pendant un voyage au Japon ?
| Région | À intégrer à… | Pourquoi la choisir |
|---|---|---|
| Uji et Wazuka | Kyoto, Nara et Osaka | Culture du thé, temples et paysages agricoles dans le Kansai. |
| Shizuoka | Tokyo, mont Fuji et Kyoto | Plantations, musée du thé et halte sur l’axe du Tokaido. |
| Kagoshima et Chiran | Circuit dans le sud de Kyushu | Récoltes précoces et quartier historique de Chiran. |
Quand visiter les plantations de thé ?
Les théiers restent verts toute l’année, mais le printemps est la période la plus intéressante pour observer l’activité dans les plantations. La première récolte, recherchée sous le nom de shincha, commence généralement plus tôt à Kagoshima, parfois dès la fin du mois de mars, puis progresse vers le nord au cours d’avril et de mai. Les dates varient selon l’altitude, la météo et le type de thé cultivé.
Les ateliers de cueillette ne sont donc proposés que sur des périodes précises et nécessitent souvent une réservation. En dehors des récoltes, les visites, dégustations et musées restent accessibles. L’été peut être chaud et humide, tandis que l’automne offre des températures plus agréables pour marcher ou faire du vélo. En hiver, l’activité agricole est plus calme, mais les plantations conservent leurs lignes caractéristiques.
Le thé, une autre manière de découvrir le Japon
Lors de notre passage à Wazuka, nous avions déjà vu d’autres plantations de thé et connaissions les grandes lignes de leur fonctionnement. Cela n’enlevait rien à l’intérêt de la visite : nous étions venus d’abord pour les paysages et pour voir comment ces cultures s’intégraient aux collines du village.
C’est finalement ce qui rend chaque région intéressante. Même lorsque le principe des plantations est déjà familier, le relief, l’étendue des cultures et les spécialités locales donnent à chaque visite un caractère différent. La dégustation ou l’initiation au chadō viennent ensuite compléter cette découverte, sans en être l’unique intérêt.






