Pendant longtemps, Song Wat Road faisait partie de ces rues de Chinatown délaissées, pendant que l’avenue principale, Yaowarat, concentrait à elle seule l’essentiel de l’attention dans ce quartier à part de Bangkok.
Il faut dire que Song Wat, longée par d’anciens entrepôts et quelques boutiques débordant de sacs d’épices posés à même le trottoir, n’incitait pas vraiment à s’attarder au premier regard.
Et pourtant, en prenant le temps d’observer, je voyais bien un potentiel visuel, ne serait-ce qu’architectural, avec des bâtiments anciens dissimulés derrière le désordre apparent, et même les vestiges de vieilles demeures chinoises, au détour d’une ruelle cachée.
Depuis quelque temps toutefois, le décor évolue et une dynamique s’est enclenchée. Une transformation encore à ses débuts, mais suffisamment visible pour donner à Song Wat Road un tout autre visage, avec l’apparition de cafés indépendants, de petits restaurants et de bâtiments commerciaux réhabilités et ouverts au public : Song Wat devient peu à peu un endroit où l’on vient flâner et faire des photos.
Song Wat Road : une rue façonnée par le commerce fluvial
Histoire de comprendre ce qui a façonné cette rue et pourquoi les bâtiments historiques s’y trouvant, voici un résumé.
Lorsque la ville devient capitale à la fin du XVIIIᵉ siècle, la communauté chinoise installée à l’emplacement du futur Grand Palais est déplacée plus à l’est, le long des canaux et des rives du Chao Phraya. Sampheng, son nom officiel, devient alors un quartier dense, tourné vers le commerce et les échanges, donnant naissance au Chinatown qu’on connaît maintenant.

Avec la croissance rapide de l’activité et les problèmes que pose un urbanisme trop serré — notamment les incendies, fréquents à l’époque — de nouvelles voies sont aménagées sous le règne de Rama V, au début du XXᵉ siècle. Song Wat Road voit ainsi le jour, longeant le fleuve et offrant un accès direct au transport fluvial, alors essentiel.
Son nom est d’ailleurs directement lié à sa création : Song Wat s’écrit en thaï ทรงวาด. Le wat ici n’est pas celui qui renvoie aux fameux temples (écrit วัด), omniprésent en Thaïlande, mais วาด, qui signifie dessiner ou tracer.
Il s’agit donc d’une référence directe au tracé planifié de la rue lors de sa création.


Pendant des décennies, la rue devient un axe majeur de l’import-export à Bangkok. Entrepôts, bureaux commerciaux et quais de déchargement s’y succèdent, dans une agitation permanente faite de camions, de marchandises agricoles et de produits venus de toute la région.
Si l’activité a depuis largement diminué, cette vocation commerciale a profondément marqué Song Wat Road. De nombreux bâtiments anciens sont toujours en place, tout comme certains entrepôts et commerces spécialisés, rappelant le rôle central qu’a longtemps joué cette rue dans l’économie du Chinatown historique.
Source : https://www.silpa-mag.com/songwad-century/article_75881





Song Wat Road, une rue longtemps restée dans l’ombre
Maintenant que j’ai expliqué les origines de la rue, je vous invite à découvrir comment était Song Wat avant d’entamer sa métamorphose. Laissez-moi vous emmener dans le Song Wat « d’avant ». Si vous arrivez par l’ouest, vous pouvez accéder facilement à Song Wat en bateau, en empruntant le fameux Chao Phraya Express.
Descendez à l’arrêt N5 « Ratchawong » et vous tomberez sur le début de la rue à peine 100 mètres plus loin, sur la droite. C’est à l’angle de cette rue que vous tomberez sur un premier bâtiment historique, à l’architecture qui dénote.
On n’est pas dans le style sino-portugais « habituel », mais certains éléments font penser à l’architecture indienne, notamment celle visible au Gujarat (État indien le plus à l’ouest du pays, au nord de Mumbai). Il faut savoir qu’à cet endroit de Chinatown, on est à côté de Prahurat, l’un des quartiers indiens de Bangkok.
Je suis passé de nombreuses fois devant en me posant des questions sur son histoire. Et il s’avère que le bâtiment en question (depuis rénové, même si je n’ai pas de photo toute récente) appartenait à un homme d’affaires indien, installé en Thaïlande avant la Seconde Guerre mondiale.



Très vite, on tombait sur des boutiques remplies, comme je l’évoquais en intro, d’épices mais aussi de sacs de riz, de graines de haricots noirs ou rouges et d’autres produits « secs » destinés à la vente en gros.
Au bout de 200 mètres, on se retrouve face à un sanctuaire chinois, le San Chao Lao Pun Tao Kong, situé devant une école privée enseignant le chinois (originellement le dialecte teochew, puis le mandarin) dès 1920.

On peut aussi déjà apercevoir, sous les câbles qui s’alignent devant les façades, quelques bâtisses à l’architecture intéressante.
Il y a notamment deux longs bâtiments se faisant face, dont l’un est surnommé le « Fruit Building ». Ils dateraient tous deux de la même époque (donc centenaires, en gros) et seraient inspirés de l’architecture alors en vogue à Singapour et à George Town, à Penang.


Dans une ruelle attenante, on découvre ensuite la façade jaune de la Masjid Luang Kocha Ishak, une mosquée au style étonnamment européen. À l’origine construite en bois, sa popularité — liée aux nombreux commerçants d’origines diverses s’installant dans le quartier — a poussé son fondateur, Luang Kocha Ishak, à transformer l’édifice en une construction plus durable.
Il a alors réutilisé des briques d’anciennes maisons du quartier de Bang Lamphu (autour de Khao San Road) et de Thonburi, et conçu ce bâtiment religieux dans le style à la mode à l’époque, d’où son allure européenne.
Pour l’anecdote, quand on connaît aujourd’hui le prix du m² dans la ville, ça fait bizarre de savoir qu’il y a derrière un grand terrain resté « vide » de construction, puisqu’il sert de cimetière.
C’est de là que je me suis engouffré dans une toute petite ruelle, à l’ambiance encore à part. J’y trouvais d’anciens commerces chinois et une ancienne demeure avec un escalier en colimaçon, visible à travers son portail. L’endroit était alors complètement délabré et à l’abandon.
Si tout ce que je viens de décrire s’est fait lors d’une balade bien précise, que j’avais faite en solo pour prendre des photos, je n’étais pas encore tout à fait au bout de Song Wat. Passé la ruelle délabrée, je rejoignais ce jour-là Yaowarat, puis revenais vers la vieille ville (voir notamment le Musée du Siam).





Lors d’une autre balade dans ce coin de Chinatown, avec Jitima cette fois, nous étions arrivés de l’autre côté de Song Wat, non loin du Wat Traimit (connu pour son Bouddha d’or massif) et de la grande porte de Chinatown.
Notre première visite avait été le Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, un temple bouddhiste assez classique, mais qui, comme souvent en Thaïlande, peut surprendre, notamment avec ses « lions » protecteurs vert fuchsia.





Notez aussi que dans l’enceinte de ce temple, et juste à côté, sur le bord de la rivière, se trouvent plusieurs hôtels et restaurants réputés. Côté hébergement, il y a le Loy La Long Hotel, avec son charme d’antan (mais pas donné).
Côté restaurant, j’avais testé plus récemment le NAAM 1608 : un dîner sans chaussures (on se déchausse à l’entrée), dans un cadre chic avec vue sur le Chao Phraya, à un tarif encore raisonnable.


Face au temple, on retrouve des façades plus typiques des années 40–50, comme on en voit ailleurs dans la vieille ville et à Chinatown, mais cela met déjà dans l’ambiance. Les peintures murales existaient déjà, avec quelques grands « tableaux », dont une première s’étalant sur toute une façade.


Juste après, on tombe sur un espace ouvert, un carrefour où Song Wat se sépare en deux. La partie principale se situe tout droit. Si vous tournez à droite, cela mène vers Yaowarat, mais vous avez aussi l’entrée vers une petite rue appelée Soi Wanit, que je vous invite à parcourir avant de revenir ensuite sur Song Wat.

Soi Wanit 1 est longée par un ensemble de shophouses, dont une vieille photo sur laquelle j’étais tombé me fait directement penser à cette rue.
C’est aussi une rue historique puisque c’est LA rue originale de Chinatown, le premier axe à travers laquelle la communauté chinoise se déplaçait lorsqu’elle quitta la zone du futur Grand Palais pour s’installer ici après 1782.


En poursuivant sur la Song Wat « principale », on tombe rapidement sur l’une des peintures murales devenues iconiques à Chinatown, visible depuis la rivière puisqu’elle se trouve sur une façade à l’entrée d’un parking, sur un espace ouvert jouxtant le Chao Phraya. Il s’agit d’une œuvre de l’artiste urbain belge ROA, sobrement intitulée Elephants.
Face aux éléphants, on trouve une autre œuvre tout aussi imposante, représentant des vélos. Si les éléphants sont toujours présent, cette fresque aux vélos a depuis changée.

Juste après, de belles façades colorées et une petite rue donnant sur le Chao Phraya, alors encore privée et inaccessible à cette époque.
Dans la foulée, on retrouve les façades multicolores, dont une série rouge, beige et bleue aux devantures identiques (vous verrez ce qu’est devenue depuis l’une d’elles…).
Peu après, cela rejoint la zone de la mosquée et l’alignement avec le « Fruit Building ». C’est lors de cette visite que nous nous rendions dans la petite ruelle dont je parle plus haut. Je me souviens avoir dit à Jitima combien ce spot avait du potentiel s’il était rénové… Je ne croyais pas si bien dire.


Quand les hôtels et cafés commencent à s’installer
Petit paragraphe pour évoquer la phase de transition. Il faut voir qu’il y a encore quelques années, rue commerçante oblige, on y croisait pas mal de banques, de nombreux pick-up circulant et garés le long de la rue pour effectuer chargements et déchargements de marchandises, ainsi que des ouvriers trimballant leur diable (le chariot, hein).
Faites le test sur Google Maps Street View, c’est assez flagrant.
C’était avant tout une rue où l’on observait un quotidien presque « banal » : des gens qui bossent, des commerces professionnels avec des locaux faisant leurs affaires, mais où l’on ne s’attardait pas plus que ça.

Un des éléments qui m’a fait comprendre que Song Wat allait changer, c’est l’arrivée d’un hôtel. À l’époque, cela dénotait d’autant plus qu’il intégrait un café (aujourd’hui disparu, paradoxalement face à la concurrence).
Parce qu’avoir un café dans une rue, ce n’est pas aussi anodin que ça en a l’air. On ne parle alors plus seulement d’une rue où il n’y a « rien » pour un visiteur lambda qui ne ferait qu’y passer. Cela implique qu’on puisse y flâner, que les lieux donnent envie de s’y arrêter, voire d’y séjourner — d’où l’hôtel. Le potentiel était là, restait à l’exploiter.
De mes observations, ce virage a commencé à s’opérer vers 2018. Ce n’est donc pas un changement « brutal » en soi, plutôt quelque chose de discret au début.

Pour être plus concret, les photos illustrant la partie « avant » datent de 2019 et 2021. À ce moment-là, les cafés et restaurants commençaient à apparaître, mais ils étaient encore peu nombreux, même si l’on pouvait déjà deviner qu’un changement était en train de s’amorcer.
Cela se remarquait notamment dans l’entretien des bâtiments, plus marqué : peintures refaites, façades retouchées, et une volonté d’embellir la rue qui commençait déjà à se voir. C’est pas le même angle, mais pour illustrer, voici le même bâtiment à quelques années d’écarts :


Autre évolution, celle qui m’a vraiment fait comprendre le renouvellement en cours : l’installation d’une galerie d’art dans le quartier. On quitte alors le domaine du « brut », du simple quotidien, pour entrer dans une forme de quête de la contemplation. Oui, je philosophe un peu maintenant… (et non, j’ai pas besoin de ChatGPT pour ça).
Ces signes étaient pour moi des évidences de la mutation en devenir. Si j’avais eu l’âme d’un investisseur (et les moyens), j’avais clairement flairé le filon. Après le Covid, et notamment post-2022, les choses se sont accélérées pour donner naissance à une « nouvelle » Song Wat, à la dynamique complètement bouleversée.
Song Wat, v.2 : le « nouveau » visage du Chinatown de Bangkok
La genèse de cet article, c’est qu’en voyant la rue évoluer petit à petit, c’est précisément ce qui m’a amené à y revenir pour faire des photos en « bonne et due » forme, afin d’avoir un véritable élément de comparaison avant que ça ne change complètement.
Car si j’y étais déjà passé auparavant, un peu comme tout le monde finalement, je n’y avais jamais vraiment accordé plus de temps que ça.

Depuis quelques semaines déjà, je voyais passer de nombreux tags et posts mentionnant une petite ruelle de Song Wat, devenue la nouvelle coqueluche des instagrammeurs. Mais je pensais alors que cela se limitait à cette ruelle en particulier, et non à l’ensemble de Song Wat, qui aurait opéré une mue plus globale.
Le déclic qui m’a poussé à aller voir ce qu’il en était, c’est la sortie récente de la dernière saison de Stranger Things. Vous allez me dire : quel rapport ? Netflix marche très bien en Thaïlande, et les promotions y sont souvent menées avec de gros moyens (il suffit de voir les happenings organisés pour les deux premières saisons de Squid Game).
Et il se trouve que c’est Song Wat qui a été choisi dans le cadre de la promotion de cette nouvelle saison de Stranger Things. Intitulée « One Last Adventure », l’opération prenait la forme d’une invitation à « vivre » l’upside down, à travers plusieurs installations disséminées le long de la rue, dont la principale se situait sur le parking ouvert, celui-là même où se trouve la peinture murale des éléphants.
Je me suis dit que c’était l’occasion parfaite d’y faire un tour.
Au final, je me suis retrouvé à y aller deux fois en 48h. La première fois, donc, dans le cadre de cet événement Stranger Things. Puis, dans la foulée, en racontant où j’étais passé cet après-midi-là, la miss a eu envie d’y jeter un oeil également. Résultat : j’y retournais avec Jitima dès le surlendemain.


Song Wat x Stranger Things
C’est en fin d’après-midi que je me rendais sur place, puisque l’événement principal avait lieu à 17h. J’arrive à hauteur du temple (Wat Pathum Khongkha) vers 16h30. Je me dis que c’est bon, j’ai un peu de marge.
Sur le trottoir d’en face, je vois une longue file d’attente. Je me dis qu’il doit y avoir une star dans les parages ou quoi, sans percuter un instant qu’il s’agit en réalité de la queue pour l’événement même qui m’amène ici… Quelle naïveté.


En longeant ladite queue, j’arrive devant le parking aménagé avec un « cube », et un grillage à l’entrée indiquant « Welcome to Hawkins » (si vous n’êtes pas familier avec la série, c’est là où se déroule l’histoire).
Ah… Je comprends alors que les gens attendent pour accéder à ce fameux cube, une attraction temporaire nommée « One Last Ride ». Pour l’anecdote, je me dis heureusement que je n’ai pas compté sur ce parking pour m’y garer.

Hors de question d’attendre pour ça, je ne suis pas fan à ce point. Du coup, je poursuis mon exploration de Song Wat. Après tout, il y a d’autres installations le long de la rue qui n’exigent pas de faire la queue.
Le premier spot que je croise, clairement lié au renouveau de Song Wat, se trouve littéralement à côté du parking. Une ancienne zone privée, réaménagée avec des restaurants, un salon de thé ou encore un salon de manucure : Maha Pho River View.


Comme son nom l’indique, l’endroit jouxte la rivière. Ce jour-là, un bar improvisé avec des chaises de plage était installé face au Chao Phraya. Le ciel était étonnamment chargé pour une fin décembre, mais c’est toujours agréable d’observer l’activité sur le mythique fleuve de Bangkok.
Je poursuis ma balade en revenant sur la rue principale. Et quelques mètres plus loin, le choc. Vous vous rappelez les trois maisons colorées dont je parle plus haut ? Imaginez ma tête quand je découvre la nouvelle couleur de l’ancienne « bleue », devenue… vert fluo. Et surtout, ce qu’elle abrite désormais : un magasin Longchamp.

Je me rends vraiment compte à ce moment-là du virage esthétique et artistique de la rue. Ce qui me marque aussi, c’est le monde présent sur les trottoirs, d’ordinaire quasi déserts (y’avait même pas de street food ici avant, c’est dire).
Après des photos que j’ai vu, je pense que c’était en partie lié à l’opération « One Last Adventure », plus période de fin d’année; mais clairement, ça changeait de mes précédentes visites. Les trottoirs n’étant justement pas très larges, on doit régulièrement marcher sur la route, mais si ça reste assez habituel en Thaïlande.
En revanche, chaque pas apporte son lot de découvertes. Exit les grilles fermées qu’il y avait auparavant le long de cette artère : je croise désormais des boulangeries, des boutiques de souvenirs, des cafés, des bars… Ça me fait vraiment bizarre…
Ce n’est pas encore à l’échelle d’une rue également complètement métamorphosée comme Banthat Thong, proche du quartier Siam, mais on y vient.


Je remarque aussi plusieurs petits street art disséminés ici et là, dont une grande fresque sur un mur à l’entrée de l’allée menant à la mosquée. Une ruelle que, sans la façade jaune reconnaissable de la mosquée au bout, je n’aurais peut-être pas reconnue, tant le changement est radical.
Tout a été rénové, et les anciennes habitations se sont transformées en lieux de consommation : cafés, glaciers, restaurants. Un petit avant/après pour mieux se rendre compte !


Ce jour-là, je ne m’y attarde pas plus que ça. La nuit tombe vite en fin d’après-midi, et je voulais surtout voir LA rue qui a enclenché — ou du moins participé à — cet engouement pour Song Wat.
Pour ce faire, je passe coup sur coup devant trois installations liées à Stranger Things. D’abord au niveau du panneau « I Wanna Bangkok », avec des affiches — dont une représentant Vecna — agrémentées de racines de l’upside down et d’un panneau inversé, en référence au monde à l’envers de la série.

À peine plus loin, l’intérieur d’un bâtiment est décoré comme le salon de Joyce Byers, l’iconique mère de Will, tandis qu’une façade voisine voit un démogorgon surgir du mur. Je passe devant d’autres installations encore, mais ce que je ne savais pas avant de venir, c’est que certaines n’étaient accessibles qu’avec un ticket.


Ces aménagements n’étant qu’un prétexte pour moi à venir dans le coin, je n’insisterai pas sur ça et m’y attarde pas davantage.

J’arrive finalement à la fameuse ruelle, à l’origine — ou conséquence je sais pas trop — de la popularité grandissante de Song Wat. Sur Google, elle est indiquée en thaï comme « la porte centenaire de Song Wat », car cette zone autrefois privée est accessible via un vieux portail en bois.
Le long des 70 mètres de cette allée qui rejoint le bord du Chao Phraya, on retrouve l’effervescence typique d’une petite rue piétonne, avec de chaque côté des boutiques, des cafés, des bars, des restaurants, et même une crêperie (les avis divergent concernant cette dernière).
Il faut dire qu’en combinant les circonstances du jour — Stranger Things et veille de Noël — il y avait effectivement pas mal de monde. Pour autant, ce n’était pas non plus « blindé », et j’imagine qu’en semaine « normale », l’ambiance est beaucoup plus calme.
Mais l’endroit a clairement son charme. Je comprends l’intérêt : ce mélange de bâtiments anciens, de street art, de boutiques au côté cool et branché, et bien sûr un aspect très photogénique qui attire la jeune génération… mais pas seulement.
Une fois satisfait de ce premier tour et avec les photos qu’il me fallait, je repartais tranquillement vers le parking. Je longeais de nouveau la file d’attente, toujours présente pour accéder à « One Last Ride », l’attraction du parking de Song Wat, alors que le soleil, caché derrière les nuages, commençait à annoncer la fin de journée.





Retour à Song Wat, avec le soleil
C’est cette fois sous un beau ciel que j’ai pu re-parcourir Song Wat. J’ai quand même fait beaucoup moins de photos, car j’avais déjà suffisamment « mitraillé » l’avant-veille.
Cela ne nous a pas empêchés de traîner un peu, ne serait-ce que pour laisser le temps à madame de faire ses photos et de découvrir les lieux à son tour.
On a aussi testé l’un des nouveaux restaurants de la rue, La Malifeta, qui propose des tapas et plats espagnols (oui, on est loin de l’univers de Song Wat). On s’est fait un petit plaisir de Noël, car ce n’est clairement pas là qu’il faut aller si vous avez un petit budget (et si c’était bon, j’ai pas trouvé la patronne, étrangère, très amicale…)
Quand on arrive dans la ruelle à la porte centenaire, il y a déjà moins de monde qu’il y a deux jours, mais ça reste vivant, tout comme le reste de Song Wat, qui demeure bien animé.
Mais outre le beau temps qui nous accompagne, c’est là que je me dis que j’ai bien fait de revenir avec Jitima. Car, arrivés devant la ruelle menant à la mosquée, Jitima a été assez curieuse pour s’y engouffrer et de continuer sur l’allée « cachée » qui passe sur le côté, là où se trouvait l’ancienne demeure chinoise délabrée.
Et là encore, un « choc » ! La rue est désormais propre et lumineuse, les murs repeints, l’alignement d’anciennes échoppes refait à neuf, et l’ancienne demeure complètement rénovée. Les photos que je vous mets sont un avant/après, comme ça c’est plus parlant.


Les restes du bâtiment annexe ont été habilement réhabilités en deux salles distinctes, incluant un glacier et une boutique Pasaya (une entreprise spécialisée dans le textile d’ameublement et de décoration intérieure, notamment rideaux et draps).
C’est a priori eux qui sont à l’œuvre dans cette rénovation spectaculaire (faut dire qu’il fallait y mettre les moyens). Quand on a connu « l’avant », ça fait vraiment bizarre de voir cet endroit revivre.





La maison principale a été convertie en restaurant au rez-de-chaussée (burgers !), tandis que l’étage accueille un café (très bon, mais dans une fourchette de prix plutôt haute).
On aime ou on n’aime pas le résultat, mais quand je parlais de potentiel ici, voilà qui illustre parfaitement mon ressenti lors de mon premier passage ici quelques années en arrière. En revanche, l’une des raisons pour lesquelles l’allée menant à cet ensemble est plus lumineuse est qu’un des deux banians présents le long des anciennes structures a dû être coupé.




Après avoir fait toutes les photos qu’il fallait dans le coin (y compris une prise depuis la même grille qu’il y a quelques années), on revenait tranquillement vers le parking. On s’arrêtait cette fois au passage au Maha Pho River View, dont le mur orné d’une série d’affichettes à l’entrée attire les poseurs pour une photo souvenir.
Au final, moins de photos pour moi, mais on y sera restés une bonne heure, plus longtemps que ma visite express d’il y a 48h, puisque j’étais cette fois davantage en mode « visiteur » que « blogueur ». Globalement, comptez entre une et deux heures pour bien faire le tour de Song Wat et de ses rues adjacentes, comme Soi Wanit.




Pour mieux visualiser l’ensemble des lieux évoqués dans cet article, j’ai regroupé les différents points sur ma carte personnelle de Song Wat.
Song Wat, aujourd’hui… et demain ?
Aujourd’hui, Song Wat se forge une nouvelle identité. Ayant connu Song Wat “avant”, je voyais déjà l’attrait que la rue pouvait avoir, mais l’envie d’y flâner, de s’y poser ou d’y faire des photos est d’autant plus forte aujourd’hui que la rue en offre désormais la possibilité, ce qui était plus limité auparavant.
Reste évidemment à savoir ce que Song Wat deviendra dans les années à venir. Talat Noi a montré une trajectoire possible, Banthat Thong en incarne une autre, plutôt radicale. Song Wat se situe aujourd’hui quelque part entre les deux.
On y trouve quand même encore des magasins « à l’ancienne », des restaus de rue modeste et cet indissociable boulgi boulga de câbles.


La suite dépendra sans doute du rythme des transformations, des acteurs impliqués et de la pression immobilière qui finira — ou non — par s’exercer. Pour l’instant, la rue reste dans cet entre-deux intéressant, encore en transition, et c’est peut-être précisément ce qui fait tout son attrait aujourd’hui.
Mais comme souvent à Bangkok, c’est vivant, ça bouge, et ce qui définit un quartier aujourd’hui peut très bien être chamboulé demain.














